
Malgré un sentiment mitigé après la victoire de son équipe en quart de finale de Champions Cup face au Munster (47-29), l’entraîneur de l’Union Bordeaux-Bègles, Christophe Laussucq, est conscient que le club girondin est en train de franchir un nouveau cap.
Quelle est votre première analyse après cette victoire, avec notamment une entame de match parfaite ?
C’est un peu à l’image de nos derniers matchs, avec des périodes très bonnes où nous sommes très efficaces. On est en place, on marque, on peut marquer plus, mais aussi des trous d’air un peu, et une indiscipline en fin de match, qui rappelle le dernier match face à Toulouse où on domine bien, en étant bien en place mais nous encaissons des essais sur des interceptions. Il y a toujours quelque chose, en fait, dans nos matchs qui ne semblent pas aboutis avec cette sensation de perdre un peu la maîtrise, alors que franchement, on ne se sent pas en danger pendant une grosse partie de ce match. Donc, je suis un peu mitigé.
On vous sent presque déçu…
Non, je ne vais pas dire que je suis déçu. Nous sommes tous heureux de jouer une demi-finale à domicile, au Matmut Atlantique. C’est un bel événement à venir pour le club et je pense que nous le méritons car nous avons fini premiers de la phase de poule. Malgré tout, nous avons fait un match correct la semaine dernière et nous faisons encore un bon match, nous marquons beaucoup de points avec un spectacle de qualité. Nous sommes heureux de jouer cette demi-finale mais c’est vrai qu’après les matchs face à l’Ulster et Toulouse, j’ai toujours ce sentiment que nous avons des trous d’air. Nous ne pouvons pas dire que nous dominons pleinement notre sujet. C’est un peu inquiétant parce qu’on va aller vers des matchs de plus en plus durs, des matchs à enjeux. On se rapproche de cette fin de saison où rien ne nous sera pardonné. L’indiscipline dont on fait preuve aujourd’hui sur les vingt dernières minutes ne paiera pas en demi-finale par exemple mais aussi dès la semaine prochaine en Top 14. Au Racing, nous n’avons pas été bons et nous l’avons payé. En Top 14, je pense que nous n’avons plus trop de jokers dans nos mains.
Beaucoup de choses ont bien fonctionné face au Munster, notamment votre alignement qui a perturbé la touche adverse. Quelle est votre analyse ?
La touche fonctionne bien depuis deux week-ends. Nous avons connu des difficultés face au Racing, mais la touche est bien meilleure sur ces deux derniers week-ends. La défense aussi a été bonne, notamment en première période où l’on s’est procuré beaucoup de ballons de contre sur des turn-overs. En première mi-temps, on peut marquer deux ou trois essais de plus sur contres. Il y a une très bonne première mi-temps. Face au vent, on a bien géré, on a bien joué au pied et nous avons bien défendu. C’était plutôt abouti et bien maîtrisé. Après, on réalise encore dix, quinze bonnes minutes et après on fait des scories, des fautes, des cartons, avec des essais encaissés un peu trop facilement. On a montré un peu le même visage que lors des trois dernières semaines.
Vos joueurs ont aussi remporté la guerre du sol face à une équipe du Munster qui avait été redoutable dans ce secteur face à La Rochelle. Aviez-vous particulièrement visé ce secteur dans votre stratégie ?
C’était un peu le focus avec ce que nous avions entendu à droite à gauche. On entend que nous sommes une équipe qui, entre guillemets, joue bien au rugby mais qui n’est pas forcément à l’aise sur les parties sales du rugby. Le Munster avait signalé qu’il allait s’appuyer sur les rucks, les duels aériens, sur les choses où nous ne sommes pas soi-disant très bons. Là-dessus, nous avons été plutôt dominants, nous avons contré beaucoup de rucks et notre jeu au pied a été meilleur que le leur. Nous avons dominé la partie « sale rugby » face au Munster qui est un peu le spécialiste dans ce style de jeu. Cette équipe avait réussi à faire déjouer La Rochelle la semaine dernière, en dominant les ballons portés qui sont un point fort des Rochelais. Nous avons su trouver des solutions avec des beaux ballons portés, et notamment avec un essai et un carton jaune provoqué. Nous avons répondu présents dans de nombreux secteurs et nous avons réalisé une très bonne performance pendant soixante minutes, mais il reste toujours ce goût d’inachevé. Mais, il y a plein de choses positives, les ballons portés, les rucks, la défense, le jeu au pied. Là où nous étions annoncés peut-être un peu perdants, nous avons répondu présents.
Cela veut dire que vous avez une marge de progression encore grande selon vous ?
C’est évident, notamment au niveau de la discipline. Nous ne pouvons pas nous permettre de nous retrouver à treize sur des matchs serrés, sur des matchs couperets face à des très bonnes équipes. Aujourd’hui, nous avions une belle marge d’avance avec vingt ou vingt-cinq points d’avance mais le Munster se retrouve à un moment donné avec une balle pour revenir à moins cinq. On ne faisait pas les malins. Nous avons réussi à les remettre dans le match, comme nous l’avions fait face aux Toulousains. Nous avons toujours ces trous d’air, même si ce n’est dans les mêmes secteurs. Aujourd’hui, c’est l’indiscipline, contre Toulouse, nous avions perdu des ballons facilement, la semaine dernière aussi. C’est autre chose aujourd’hui, donc nous sommes perfectibles, comme tout le monde.
Après l’ambiance incroyable aujourd’hui à Chaban-Delmas aujourd’hui, arrivez-vous à imaginer ce que cela peut donner en demi-finale au Matmut Atlantique ?
C’est incroyable ce qui arrive à Bordeaux depuis quelques années, avec toute cette effervescence autour du club. Je suis d’ici, je suis né ici et j’ai connu quelques époques de rugby à Bordeaux. C’est assez incroyable ce que l’on vit à Chaban, ce que l’on vit au Matmut. C’est tout le temps plein. Nous sommes toujours soutenus. Il faut en profiter. Malgré tout, l’UBB est en train de s’installer parmi les grands clubs, avec un quart de Champions Cup et une finale de championnat la saison dernière. C’est une demi-finale de Champions Cup cette année. Pour ceux qui ont connu la dégringolade du CABBG, c’est tout simplement incroyable ce qui se passe à Bordeaux et cette demi-finale au Matmut, c’est encore quelque chose de nouveau. C’est fabuleux pour tout le peuple bordelais et girondin.
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Source Rugbyrama
