Quelques minutes avant le report de Stade Toulousain – Wasps pour la deuxième journée de Coupe d’Europe, celui qui vient d’être sacré meilleur joueur du monde s’est exprimé sur les annulations de rencontres pour raisons sanitaires, qui fragilisent le déroulement de la compétition. Le demi de mêlée revient aussi sur son émotion, vendredi 10 décembre dernier, lorsqu’il a reçu son trophée de joueur de l’année World Rugby.
Comment avez-vous accueilli votre récompense de meilleur joueur du monde ?
Cela fait toujours plaisir de recevoir ce genre de trophée. Je remercie encore aujourd’hui mes coéquipiers parce que je leur dois beaucoup.
Le lendemain de l’annonce de votre titre, à Cardiff en Coupe d’Europe, vous avez réalisé un très bon match. On a l’impression que cela ne vous a pas mis de pression particulière mais au contraire galvanisé…
Je ne sais pas s’il y a un lien de cause à effet. J’étais plutôt content de moi et surtout, du résultat. Gagner avec le bonus, ça nous a bien lancés. Je ne sais pas s’il y a un lien et en soi, ce n’est pas très important.
Vous étiez au courant depuis quelques jours déjà. Ça vous a permis de mieux l’appréhender ?
Oui mais même si j’étais au courant, d’avoir l’annonce officielle, c’est toujours différent. Il y a beaucoup de messages, d’articles, d’effervescence. C’est normal, je m’y attendais.
2021 est-elle votre année la plus aboutie ? Vous avez accumulé toutes les récompenses possibles, comment vivez-vous tout ça ?
C’est sûr que quand je fais un peu la rétrospective et que je vois tout ce que j’ai pu gagner à titre individuel cette année, cela paraît assez fou. Mais cela va aussi avec la saison folle que nous avons réalisée avec le Stade. Il y a ce doublé historique, nous finissons deuxièmes du Tournoi avec la France pour la seconde année consécutive. Même si cela laisse beaucoup de regrets, nous restons sur le haut du tableau. Nous finissons avec ce match contre les Blacks (40-25 en novembre, NDLR) donc d’un point de vue factuel, cela reste ma meilleure saison et la plus récompensée en tout cas, c’est sûr.
Comment faites-vous face aux sollicitations ?
Je sais que nous sommes encore dans l’effervescence car c’était la semaine dernière mais d’ici quelques semaines, quelques mois, cela s’estompera. Et dans tous les cas, avant ce titre, il y avait déjà des grosses attentes à mon sujet et on parlait déjà de moi. Je m’y étais habitué, cela ne changera pas. Je sais que j’ai des responsabilités par rapport à mon statut mais cette récompense-là sera remise en jeu l’année prochaine et ce sera un autre donc cela ne me tracasse pas plus que ça.
Vous n’envisagez donc pas de décrocher à nouveau ce titre ?
Ce n’est pas un objectif que de gagner ce titre-là. Il vaut mieux se concentrer sur le fait de gagner des choses avec son équipe, ce qui amènera de toute façon à figurer peut-être dans la liste des prétendants. Ce n’est pas une finalité, il faut plus voir comment faire pour parvenir à y prétendre et cela passera par les résultats collectifs. Si j’y suis, je serai évidemment le plus heureux mais je ne me concentre pas sur ça.
Vous êtes le deuxième demi de mêlée après Fabien Galthié à obtenir ce titre. Que vous a dit le sélectionneur ?
Il m’a évidemment félicité. Nous avons échangé assez brièvement là-dessus, peut-être que nous le ferons un peu plus quand nous nous reverrons. Il m’a dit de faire attention à toutes les sollicitations et de garder mon esprit focalisé sur ce qui est le plus important, c’est-à-dire le rugby et le terrain.
Justement, même si cela ne vous empêche pas de faire des différences, on voit que vous êtes de plus en plus ciblé et mis sous pression par les équipes adverses. Comment arrive-t-on à se sortir de ces situations ?
Cela fait plusieurs années que je lis des articles comme quoi les équipes me ciblent. Je ne m’y attarde pas plus que ça. Et si les équipes s’attardent trop sur moi, cela ouvrira des portes autour donc je ne suis pas sûr que ce soit la bonne solution. Je joue avec ça depuis quelque temps maintenant, je m’y habitue et je ne me prends pas plus la tête que ça. C’est vrai qu’à Bordeaux (début décembre en Top 14, NDLR), j’ai eu plusieurs ballons sous pression mais c’était dû au contexte global du match où nous avons été en difficulté. Nous avons eu du mal à trouver de l’avancée, à gagner nos duels. Quand toute l’équipe avance, c’est plus facile pour moi, ce n’est pas plus compliqué que ça donc essayons de faire en sorte d’avancer le plus souvent possible.
Votre jeu a pas mal évolué ces dernières années, que vous fixez-vous comme objectifs ?
J’aurais du mal à citer un axe prioritaire sur lequel je me concentre. Tout en gardant les fondamentaux – la passe, le jeu au pied, la lecture de situations et de jeu, c’est plus sur la globalité, l’approche des matches, le leadership, la gestion. C’est sur toute l’approche du poste de 9 et de leader où j’apprends sur chaque rencontre que je peux jouer. Je ne m’arrêterais jamais d’apprendre et d’évoluer.
Votre rôle de capitaine vous permet-il grandir ?
Bien sûr que plus je vis cette situation, plus je suis à l’aise et je prends mes marques. C’est comme sur le terrain, même si je n’ai pas le rôle de capitaine à tous les matchs ici (lors des matchs que Julien Marchand ne débute pas, NDLR), de par mon poste, j’ai aussi un rôle de leader donc j’ai toujours cette approche-là quand je prépare les rencontres. C’est une situation face à laquelle je me sens de plus en plus à l’aise mais je n’ai encore pas de progrès à faire et de choses à apprendre aussi.
Elle a toujours la même saveur, la Coupe d’Europe (1), avec tous ces forfaits ?
Depuis l’année dernière nous sommes habitués à un format différent. Là encore, on reste sur ce format. À chaque match, on ne sait jamais trop où on met les pieds. On voit qu’il y a des complications dès les premières journées dues au contexte sanitaire. Ce n’est pas évident mais bon… Nous avançons à vue de nez en espérant que cela pourra se jouer le plus normalement possible mais nous sentons qu’il n’y a pas forcément d’équité. Ce n’est pas forcément juste car ça ne dépend pas de nous, de ce que nous maîtrisons mais plus du contexte sanitaire.
Vous craignez que la compétition n’aille pas à son terme cette année ?
Nous ne savons pas trop comment les situations, les variants, vont évoluer. Mais les équipes, les instances du rugby, l’EPCR, auront tous envie d’aller jusqu’au bout. Les solutions seront trouvées pour faire en sorte que la compétition aille jusqu’au bout. Après, est-ce qu’elles seront justes ? Acceptées ? Acceptables pour tout le monde ? L’avenir nous le dira.
Qu’est-ce que ça change, dans l’approche des matches, d’être le champion en titre ?
Nous serons sûrement plus attendus que nous ne l’étions déjà. C’est un statut à assumer. Nous avions des ambitions avant de la gagner, nous en avons toujours aujourd’hui donc notre approche ne change pas vraiment dans les têtes.
Quand vous voyez les trois titres consécutifs de Toulon et les efforts que cela demande pour en gagner une, quel regard avez-vous là-dessus ?
Avec le recul, cela paraît incroyable. Le Stade a failli le faire au début des années 2000 (titres en 2003 et 2005, finale en 2004, NDLR). Toulon l’a fait. Nous, nous avons fait un doublé que l’on croyait impensable aussi donc il faut juste croire en ce que l’on fait, garder cette motivation et nous verrons où cela nous mène.
