Solidaire la semaine passée contre Mont-de-Marsan, l’US Montauban a failli dans l’agressivité à domicile contre Rouen vendredi. Un secteur qui est pourtant la base du rugby.
Elle a su renverser une (petite) montagne la semaine dernière à quatorze contre quinze, pour finalement s’imposer face à une équipe de Mont-de-Marsan assez peu inspirée (29-23). Mais contre le Rouen Normandie rugby (RNR) qui avait laissé nombre de ses cadres au repos, le regard tourné vers la venue d’Oyonnax en Normandie, l’US Montauban a eu toutes les difficultés du monde à s’imposer dans son antre de Sapiac (20-15) vendredi soir.
« On avait averti les joueurs de la difficulté qui nous attendait. On n’a pas été totalement compris », pestait Florent Wieczorek après la rencontre. Un huitième succès consécutif malgré tout à domicile, le neuvième en dix réceptions cette saison. Si l’on ajoute les quatre points ramenés des Landes vendredi soir dernier, les hommes de Florian Ninard ont donc remporté un match sur deux depuis le début de la saison et pointent désormais à une confortable huitième place de Pro D2. Le spectre de la relégation s’éloigne en tout cas quasiment définitivement. La ligne de flottaison se situe désormais à 14 unités derrière.
Pour pimenter un peu plus le dernier tiers du championnat, est-il envisageable pour les coéquipiers de Stéphane Muñoz de se hisser dans la course aux phases finales ? « Ce n’est pas comme ça que l’on pourra prétendre aux six premières places, contrait Jérôme Bosviel vendredi soir au micro de Canal +. On n’a pas respecté cette équipe de Rouen et on a failli le payer cher. » Le demi d’ouverture fait sans doute référence à un manque d’agressivité flagrant, si l’on excepte Kelly Meafua (voir par ailleurs) et l’excès d’engagement de Stéphane Muñoz qui aurait pu lui coûter un carton jaune sur la troisième pénalité rouennaise. Mis à part ces deux hommes, le huit de devant, d’habitude plutôt à son aise, a parfois souffert jusqu’en mêlée fermée. Un paramètre qui permettait jusque-là de ne pas (trop) s’intéresser à la faible créativité des joueurs des lignes arrières.
Une attaque éclair… et puis c’est presque tout
Dans ces conditions, il était évidemment difficile pour les trois-quarts de développer du jeu. La seule action d’envergure concrétisée est d’ailleurs venue d’une touche vite jouée par Paul Graou à la cinquième minute de jeu. Un éclair dans la nuit. Par la suite, il y a bien eu des tentatives. Par deux fois, Jérôme Bosviel a tenté d’alerter par du pied ses ailiers Kimami Sitauti (16e) et Pierre Sayerse (53e) après des phases de domination dans les « 22 » visiteurs. La première action s’est soldée par un arrêt de volée de Surano dans son en-but, la deuxième par un renvoi aux 22 mètres consécutif à un ballon mort.
Une bonne remise intérieur de l’ouvreur pour Sitauti a failli déséquilibrer la défense normande. Mais sur un ballon au sol dévié par un Rouennais, Aviata Silago n’a pu en reprendre le contrôle à une quinzaine de mètres de la ligne pour continuer l’action (48e). Il s’en est aussi fallu d’un mauvais rebond devant l’arrière Milhorat pour qu’une action positive des Tarn-et-Garonnais soit punie d’un contre assassin du RNR à l’heure de jeu.
Rouen a cherché le succès
À l’inverse, sans être fantastique dans le jeu, se contentant de faire jouer des adversaires supérieurs sur le papier, Rouen n’a pas laissé passer les occasions de scorer par le pied de son buteur Jordan Michallet. Les Normands se sont même payé le luxe à sept minutes de la fin, sur la dixième et antépénultième pénalité récoltée, d’aller chercher une pénaltouche dans les 22 mètres locaux plutôt que d’éventuellement se rapprocher à deux longueurs (20-15 à ce moment du match) des Montalbanais. Luke Stringer se jeta finalement sur un ballon mal maîtrisé par l’alignement des hommes de Richard Hill. Avant que Corentin Braendlin ne vole le ballon vite tapé en touche par Jérémy Chaput pour mettre fin au chemin de croix des Montalbanais.
Avec Kelly Meafua, l’US Montauban trouve facilement la marche en avant
Ne tournons pas autour du pot ; c’est sans doute l’un des seuls Montalbanais qui pourraient prétendre à une place de titulaire dans n’importe quelle équipe du Top 6 de la Pro D2. Kelly Meafua est la bonne pioche de l’intersaison du côté de l’US Montauban. Ultra-dominant dans le défi physique mais à l’aise aussi sur le plan technique, l’ancien Biterrois a électrisé un Sapiac pourtant tristement vide vendredi soir. Il faut dire que lorsque le Samoan met en marche sa carcasse extraordinaire (1,88 m, 114 kg), les supporters tarn-et-garonnais ne peuvent cacher leur excitation.
Le numéro 8 vert et noir n’a vraiment pas besoin de GPS au moment d’une relance lorsqu’il couvre le fond du terrain sapiacain. Il lui suffit d’aller toujours tout droit.
La première fois vendredi, c’était à la 28e minute de jeu. Parti de son camp, Meafua a sprinté durant une petite trentaine de mètres pour aller défier le premier défenseur face à lui, à savoir l’ailier normand. Il a fallu quatre adversaires sur le râble pour, péniblement, le mettre au sol.
Dix minutes plus tard, les réservistes et remplaçants montalbanais ont accompagné sa troisième accélération avant un impact terrible, où le commun des mortels se serait retrouvé au mieux aux urgences après que le pâté eût touché le bocal (le Perpignanais Taumoepau, sorti sur K.-O. en janvier, s’en souvient encore…), au pire entre quatre planches six pieds sous terre. Le talonneur rouennais, peu effrayé, a parfaitement glissé jusqu’aux chevilles pour le faire tomber, sans risquer la commotion et le carton bleu qui l’accompagne.
Des grattages importants en défense
Mais si l’on caricature un peu son apport dans le défi physique frontal, Kelly Meafua sait aussi se montrer important en défense. Et notamment dans un exercice d’habitude apprécié des troisièmes lignes centre : le contest dans les rucks (ou grattage de ballons dans les mêlées ouvertes en bon Français). À au moins deux reprises, Meafua a récolté des pénalités qui ont donné de l’air au sien. Ce fut le cas à le 39e minute sur sa ligne des quarante mètres, qui a amené la pénaltouche décisive de son capitaine. Mais aussi sur un renvoi mal négocié après la pénalité du 17-9 (46e). Le RNR s’est employé dans une série de pick and go dans les vingt derniers mètres tarn-et-garonnais. Sauf qu’un Normand s’est isolé. Et Meafua, accompagné par Mike Tadjer qui venait d’entrer en jeu, a posé ses mimines sur le ballon sans que les soutiens adverses ne parviennent à le déblayer. Longuement blessé au genou avec Béziers la saison passée, Kelly Meafua est aujourd’hui sans conteste le meilleur numéro huit de Pro D2.
