
Cette semaine, la tendance du Midol s’attarde sur la fin des tournées d’été, prochainement remplacées par la Coupe des Nations en 2026.
Ainsi donc, ces expéditions qui, des décennies durant, virent s’élever la clameur de nos vaillants parmi les tribunes d’horizons lointains, ces pérégrinations qui portèrent le panache du rugby français jusqu’aux confins du monde, sont condamnées à l’oubli. Il faut, dit-on, faire place au nouveau monde, offrir au grand public autre chose qu’une série de matchs sans trophée, donner forme à un tournoi plus rationnel, où chaque mêlée pèsera de tout son poids dans une arithmétique implacable. Le jeu, à l’état brut, cède ainsi au calcul, et les odyssées rugbystiques qui tenaient à la fois du défi et de l’exploration, s’effacent sous l’austérité des réformes.
Les tournées ? Ce fut pourtant, jadis, une célébration de l’aventure. Chaque été, dans le sillage des navires et des avions, la troupe partait, hardie, prête à se bagarrer sur les terres australes, affrontant l’inconnu avec l’élan d’un Condottiere. Nulle coupe, nulle médaille, nul bouclard n’étaient promis à la fin de ces combats. Mais qu’importait ! L’honneur, la défaite et la victoire suffisaient. C’était un jeu, certes, mais un jeu grave, où chaque action résonnait dans le grand livre de l’histoire ; où chaque tournée ajoutait une page, épique, badine ou tragique, au long roman du rugby français.
Le cadeau d’adieu
Mais tout cela, bientôt, ne sera plus. En 2026, la Coupe des Nations effacera ces voyages initiatiques. Il faudra se fondre dans le moule des compétitions officielles, adopter la rigueur des calendriers pensés pour l’optimisation et renoncer à l’imprévu. L’errance glorieuse devient parcours balisé, et l’âme aventureuse du XV de France se heurte à l’âpreté d’une implacable modernité. Certes, de nouveaux trophées verront le jour, et l’on prétend déjà que ça remplira les caisses des fédérations et que l’intérêt du spectateur s’en trouvera grandi. Mais qu’en est-il de l’essence du rugby ? Ce sport, qui n’est jamais si beau que lorsqu’il défie les contraintes, brave la logique et s’abandonne à la fièvre du combat sans autre enjeu que celui de l’instant ? Reste donc un dernier été. Un ultime rendez-vous avec l’histoire, notre histoire. Fin juin, la France posera une dernière fois le pied sur le sol néo-zélandais pour une tournée qui, déjà, prend des airs de virée d’adieu. Alors, on espère une célébration, avec ou sans premiums ; une veillée d’armes sous les étoiles du Pacifique, un chant du cygne résonnant sous le ciel de Wellington et Dunedin. Et, peut-être, dans la moiteur du soir, alors que le sifflet de l’arbitre retentira pour la dernière fois sur cette noble terre de rugby, entendra-t-on un frisson passer sur la pelouse. Une mémoire ancienne, un soupir du passé, comme un regret que l’on refuserait de s’avouer…
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Source Rugbyrama
