
Samedi, le CO retrouvera l’ivresse d’un quart de finale de Champions Cup après vingt-trois ans de disette. Face aux Saints du prodige Henry Pollock qui ont fait de la compétition leur priorité, le défi s’annonce immense. Et terriblement excitant !
C’est une expérience à vivre, un match à traverser comme une fête foraine. Un de ces moments de grâce pure, si rares dans une carrière, qui justifient les litres de sang, de sueur et de larmes que tout joueur de rugby offre en sacrifice à ce jeu dès lors qu’il choisit d’en faire son gagne-pain.
Samedi, menés par un Louis Le Brun qui avait à peine deux mois ce jour d’avril 2002 où le CO s’inclina face au Munster (17-25) au stade la Méditerranée de Béziers, les Olympiens auront l’histoire de leur club chevillé au cœur et au corps. Car les vingt-trois Castrais qui auront l’honneur de fouler la pelouse du Franklin’s Garden de Northampton ne se contenteront pas de jouer un des matchs les plus important de leurs vies ; ils convoqueront avec eux les espoirs de tout un peuple sevré des flonflons des matchs couperets de Champions Cup depuis plus de deux décennies. Ils entreront sur le terrain portés par l’esprit des grands anciens qui les ont précédés, de José Diaz à Francis Rui, de Romain Teulet à Ismaïla Lassissi, d’Olivier Sarraméa à Raphaël Ibanez ; ceux-là mêmes qui avaient contribué à placer le CO sur l’échiquier du rugby européen dès la naissance de la compétition du mitan des années 90 à 2003, année où Castres remporta feu le Bouclier européen, son seul titre à l’échelle continentale à cette heure.
Samedi donc, à l’heure du grand combat et quelle qu’en soit l’issue, les joueurs du CO pourront se féliciter d’avoir su faire taire leurs détracteurs tout autant qu’ils ont su, par la grâce d’un retournement de situation magnifique, arracher cette qualification européenne et redresser la courbe de leurs résultats en Top 14, au point d’être toujours en course dans les deux compétitions et de pouvoir rêver toujours à un printemps exceptionnel. En cela, le club du président Pierre-Yves Revol a déjà gagné. Qui aurait misé un kopeck sur de telles perspectives il y a cinq mois à peine, lorsque le groupe, alors dirigé par Jeremy Davidson, végétait sans certitude et volait en éclat à Clermont (54-10, 30 novembre 2024) ? La force de ce groupe est d’avoir su se réinventer à travers une révolution de velours accomplie en interne dont Xavier Sadourny, nommé manager en janvier, fut l’artisan discret mais efficace.
Un groupe amoindri
Alors bien sûr, samedi, face à ces Saints diaboliques, les vents seront contraires. Il faudra composer avec une équipe quelque peu amoindrie, usée de trop de combats, qui a perdu sur le front du tour précédent sa deuxième ligne et sa paire de centres titulaires. Il faudra ainsi accepter que le vétéran Leone Nakarawa, 37 ans bien sonnés, puisse devoir jouer quatre-vingts minutes, le soldat fidjien étant avec Gauthier Maravat le dernier deuxième ligne de l’effectif à être toujours debout. Il faudra sans doute aussi s’en remettre à la polyvalence de l’autre vétéran du groupe, Julien Dumora, 37 ans lui aussi, qui devrait intégrer le banc pour pouvoir couvrir à la fois le poste d’arrière et celui d’ouvreur en cas de blessure de ses cadets de quinze ans, Théo Chabouni et Louis Le Brun.
Au vu du calendrier à venir, le staff technique tarnais va devoir composer, s’adapter, faire des choix et des arbitrages. Il faudra aussi et surtout réussir à contenir le rugby brillant de ces Anglais qui ont fait exploser Clermont (46-24) en infligeant aux hommes de Christophe Urios une déroute à sept essais et quatre blessés, dont le monolithique Fritz Lee. Ces Anglais qui jouent au rugby comme on récite une poésie – avec vitesse et précision – et qui ont abandonné depuis des lustres leur championnat domestique pour se consacrer pleinement à la compétition européenne. Ces Anglais qui, enfin, détiennent en leurs rangs, au milieu de quelques autres étoiles de ce jeu, la nouvelle coqueluche du rugby anglais en la personne d’Henry Pollock, 20 ans, révélation du dernier Tournoi des 6 Nations durant lequel il signa des débuts fantastiques à la table des grands. Tout à la fois le présent et le futur du rugby anglais…
Au milieu du maelström d’émotions qui ne manqueront pas de traverser la tête des joueurs au moment de rêver le match, il faudra sans doute faire abstraction du dernier voyage à Northampton, soldé par une large défaite 38 à 8 à l’occasion de la 1re journée de cette édition de la Champions Cup. En revanche, il sera de bon ton de se raccrocher à leur brillant succès chez les Saracens, en janvier dernier. Ce jour-là et contre toute attente, les protégés du trio Sadourny-Wihongi- Caballero avaient triomphé des Sarries, glané leur précieuse qualification et ouvert le champ de tous les possibles. Alors, bis repetita ?
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Source Rugbyrama
