
L’idée d’investir Chaban-Delmas a connecté l’UBB à un nouveau public, bien plus massif qu’espéré. L’ancien stade des Girondins est devenu le vrai trésor du club.
Ce n’est pas une vielle tradition. C’est le résultat d’un pari gagnant. En 2015-2016, Laurent Marti décide que l’UBB jouera tous ses matchs à domicile au Stade Chaban-Delmas, ex-Parc Lescure, arène de 34 000 places laissée libre par les Girondins de Bordeaux. Le site de Bègles est demeuré le centre d’entraînement du club et le terrain des équipes de jeunes. Musard André-Moga a du charme, mais restait méconnu du grand public bordelais, pour plein de raisons.
La suite relève du conte de fées : l’UBB est devenue l’équipe la plus supportée de France et même d’Europe (près de 28 000 spectateurs la saison passée). Ça relève du phénomène de société : « Je me souviens du premier match en 2009 contre Agen en Pro D2. Il faisait beau, il y avait eu du monde, déjà et nous avions ressenti quelque chose de spécial », se souvient Hugh Chalmers, ancien troisième ligne emblématique du club. Le Néo-Zélandais a connu le moment charnière : le passage de Musard et le stade André-Moga à la nef du centre-ville. « J’avais vécu des matchs contre Aix-en-Provence devant 2 000 personnes et je me suis retrouvé dans un grand stade plein. J’avais déjà joué dans des grands stades à l’Eden Park d’Auckland, à Waikato à North Harbour, mais jamais devant autant de personnes » Comme tous les joueurs de sa génération, il a ressenti de nouvelles vibrations : « avec ce chemin des vestiaires au terrain dans le tunnel, et les clameurs quand tu gagnes un ruck, que tu fais un déblayage, le public rugit et te transmet énormément d’énergie. Je me souviens aussi de notre premier match contre Toulouse, un souvenir extraordinaire. » Oui, ce soir-là de 2012 l’UBB avait fait l’exploit 18-17 et Marc Delpoux avait harangué l’énorme foule avec des grands gestes. À l’époque, cette scène paraissait incongrue dans le contexte bordelais.
Un public qui dormait et qui s’est réveillé
Centre international, Julien Rey a vécu ce transfert géographique : « On l’a fait petit à petit, avant d’y aller définitivement en 2016. Dans mon souvenir, il est synonyme du premier match du club en Top 14 à domicile, contre Bayonne en 2011. Il correspond aussi à nos premiers matchs de Coupe d’Europe, je n’étais pas impressionné mais heureux de recevoir autant d’encouragements, car on avait connu des matchs de Pro D2 devant des petites affluences. Mais quand je pense à Chaban, je pense au tunnel d’accès, si long, je crois que c’est le plus long de France et une sensation me revient, le fait de le traverser en courant à la mi-temps pour ne pas perdre de temps avant de regagner les vestiaires. »
Élodie Richard, présidente des Burdigalais, club de supporters a vécu cette métamorphose : « Chaban-Delmas est devenu populaire à cause de sa position centrale. Bègles était plus difficile d’accès et n’était pas encore desservi par le tramway. En plus, l’UBB a récupéré quelque part l’engouement qui existait en faveur des Girondins. Il faut le reconnaître, nous étions un peu sceptiques, au début ça sonnait un peu creux, et puis avec les résultats, les gens sont arrivés très vite. L’idée du président s’est révélée exceptionnelle. »
L’UBB s’est retrouvée en quelques semaines soutenue par le « Grand Public » avec tout ce que ça comporte. « Nous sommes très heureux même si je reconnais que les spectateurs ne viennent pas tous du monde du rugby. Il y a quelques attitudes regrettables comme les sifflets sur les pénalités adverses, » poursuit Elodie Richard, pas peu fière de voir à Bordeaux, place Johnston, au milieu des opulentes maisons « Art Deco », « ses joueurs » sortir du bus au milieu de leurs supporteurs : « Ça date de deux ans et demi je dirais. On avait vu ça à Toulouse, et c’était très sympa. On a demandé au club l’autorisation de faire pareil, il le fallait car c’est sûr la voie publique. » Qui aurait imaginé ça dans les années 2000 quand le rugby bordelais était au fond du trou ? « Mais je me souviens d’un stage à Saint-Lary. Laurent Marti nous avait passé une vidéo de l’équipe de 1991 qui revenait avec le Bouclier à la Gare Saint-Jean saluée par la foule. « Il nous avait dit que le public bordelais était là, qu’il existait mais qu’il dormait et qu’il fallait le réveiller », ajoute Chalmers. Chez les Bordelais de base on a toujours senti une certaine fierté, celle de tordre le cou justement à bien des clichés. On aime à penser que ceux qui colportent des arguments anti-bordelais ont dû se retrouver sans voix ou condamnés à la mauvaise foi.
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Source Rugbyrama
