Le repaire du RC Toulon a conservé sa force par delà toutes les évolutions. Et c’est là que dans les années 2000, le RCT a inventé la crémonie de la descente du bus.
Le stade Mayol est d’abord témoin de la générosité sans borne d’un mécène issu du show-business. Puis le souvenir du chanteur à houppette s’est évaporé pour laisser la place à une atmosphère d’embuscade ou de passage obligé pour tout adversaire digne de crédibilité. Le mythe a traversé le temps et même résisté au choc du professionnalisme. Il a recours, de temps en temps, à des travaux de rafistolage comme le montre la « neutralisation » d’une partie de la tribune Lafontan. Mais c’est bien à Mayol qu’on a inventé un nouveau rituel, celui de la descente du bus, dans la petite rue adjacente pour gagner les vestiaires. Éric Champ, glorieux ancien se souvient : « De mon temps, ça n’existait pas comme ça, mais on avait nos petits scenarii. Nous aimions déjà monter le long de la rampe en béton et longer la tribune. »
Les gladiateurs qui fendent la foule
Depuis, le chemin a un peu changé. Dans les années 2000, l’arrivée des joueurs est devenu un événement en soi, copié partout, pas forcément imité. Car à Toulon, les gladiateurs fendent vraiment la foule. « De toute façon, il n’y avait pas d’autres solutions. Mayol est un stade de centre-ville. Le bus est obligé de s’arrêter dans la rue et les joueurs sont obligés de finir à pied. Il y a eu toute une mise en scène et le club a joué le jeu en communiquant là-dessus, narre Julien Perpère, président du club de supporters « Les Fils de Besagne ». Désormais, c’est devenu un point de ralliement naturel pour tous les spectateurs. » Mourad Boudjellal, président de la renaissance ajoute : « Cela existait mais on a décidé de le théâtraliser. Je me souviens de notre premier quart de finale européen à domicile contre Leicester (en 2013). Il y avait un engouement et une pression énormes. Un souvenir immense. »
Jean-Charles Orioli a eu le privilège de passer du statut de supporteur à celui de joueur : « C’était des moments émouvants pour moi qui suis toulonnais et qui, dans mon enfance, avait connu une période de vaches maigres sans phase finale. Je me suis retrouvé à vivre ces émotions. Plus le match était important, plus l’allée rétrécissait. » Le moment avait un peu perdu de son intensité ces dernières saisons (résultats obligent) mais il a été régénéré depuis peu avec des joueurs qui partent de plus loin, de leur hôtel pour traverser le port et une partie du centre ville. La cérémonie de la traversée de la masse humaine s’est doublée d’un autre rituel. « Oui, le « Pilou Pilou ». Il partait des tribunes et je l’ai mis en scène en faisant venir un « lanceur » sur la pelouse, filmé sur les écrans, » poursuit Boudjellal, artisan de ce Mayol chaud et spectaculaire. « Avant, c’était un chant de fin de match, dans les équipes de jeunes. Puis il a été lancé avant le coup d’envoi. Pour nous qui étions sur le terrain, c’était un bon indicateur de la vraie température du match, » poursuit Orioli qui évoque aussi l’émotion indescriptible qui étreint un vrai Toulonnais dans le couloir. Un truc qui semble si personnel.

Mais Mayol est-il toujours Mayol ? « Le rugby a changé, le public a changé, la société a changé. Les choses se sont un peu aseptisées, il n’y a plus les bagarres d’autrefois, qui excitaient les gens. Mais la configuration du stade et l’esprit méditerranéens maintiennent l’ambiance », reprend Julien Perpère. « Moi je trouve que Mayol n’a pas changé. Quand ça gagne, c’est la folie; quand ça perd, disons deux fois de suite, c’est la crise et les gens critiquent. Il y a moins de bagarres mais la violence s’est déplacée. Elle est désormais dans les chocs réguliers. Ça tape fort et les gens adorent ça. » Mourad Boudjellal poursuit : « Un nouveau public est arrivé. Toujours chaud, un peu moins fou. Quand j’étais supporter, il y avait des frappadingues dans les tribunes. Mais Mayol se met toujours au niveau d’un grand rendez-vous. » Et le président de se repasser le film de ses souvenirs : « Ah oui, ce Toulon – Toulouse de mars 2013, revanche de la finale 2012 perdue sans Carl Hayman. La première ligne qui nous avait dominés en finale entre à la 50e minute. Mêlée pour nous : les deux première ligne se regardent dans une ambiance de tension et de revanche indescriptible. Cette fois, Carl Hayman était présent. »
Jean-Charles Orioli évoque un Toulon – Biarritz de mars 2010 arraché à la dernière minute : « Une transformation de Felipe Contepomi et une explosion jamais vue au stade avec une pluie de journaux qui vole sur la pelouse. » Boudjellal confirme : « Mais c’est Jean-Charles qui avait marqué l’essai. Oui, l’ambiance était tellement énorme, avec des journaux partout, que Biarritz avait foiré le renvoi. Un joueur, Damien Traille je crois, m’avait qu’ils ne pouvaient plus jouer, ils étaient tétanisés. »
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Source Rugbyrama
