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Exclusif. « Je pense déjà beaucoup à Ribbans », avoue Meafou avant de défier Toulon

Conscient de l’immense défi qui attend son équipe dimanche à Toulon, en quart de finale de Champions Cup, autant que celui qui lui est offert à titre personnel face à David Ribbans, Emmanuel Meafou évoque la culture spéciale de son club. Mais aussi le dernier Tournoi des 6 Nations, marqué par son premier titre avec les Bleus mais aussi son hospitalisation pour une infection pulmonaire. 

Ce rendez-vous à Toulon est-il le plus gros défi depuis le début de saison ?

Oui. On a réussi à jouer et gagner des gros matchs cette saison. Mais il n’y a rien de plus gros que des phases finales. Battre Sale, c’était déjà très bien. Mais là, essayer d’aller battre Toulon dans son stade de Mayol, oui, ça va être le plus gros défi de cette saison. Il faudra un grand Stade toulousain pour revenir avec une victoire.

Depuis la préparation de Sale, le groupe a-t-il vraiment basculé en mode phase finale ?

Bien sûr. Contre Sale, ça a été un peu difficile en première mi-temps. Je crois que ça a fait peur à tout le monde parce qu’on sait que c’est éliminatoire. Si tu perds, c’est fini. Une défaite et au revoir la Champions Cup. Pas de demi-finale, pas de finale, pas de titre… Il n’y aura pas de deuxième chance et ce trophée, on l’aime. Voilà pourquoi ce sera un énorme défi ce week-end. 

Vous n’avez pas envie d’avoir des week-ends de repos en plus !

On aime bien avoir quelques week-ends en famille, mais pas sur des demi-finales ou finales de Champions Cup (sourire). Je déteste voir d’autres équipes jouer ces matchs.

Avez-vous déjà joué à Mayol ?

Oui, mais je n’ai jamais gagné là-bas. J’ai aussi joué plusieurs fois contre Toulon, au Vélodrome de Marseille, et je n’ai jamais gagné non plus. En tout, j’en suis à quatre matchs à l’extérieur contre eux pour quatre défaites. C’est déjà un signe que ce n’est jamais facile. Et là encore moins, vu que ce sera un match de phase finale… Tous les grands joueurs aiment ce genre de défi. On adore affronter des grosses équipes, dans des grands moments.

Cette première mi-temps de Sale fut-elle un avertissement ?

Pour gagner à Toulon, il faudra le meilleur Stade toulousain de cette saison. Si on fait le même match que face à Sale, ce ne sera pas suffisant.

On annonce un immense combat devant…

C’est certain. Dans ce profil d’équipe, avec un gros pack et des joueurs qui avancent, seul le paquet d’avants de La Rochelle est peut-être encore plus costaud. Après, le plus impressionnant, c’est celui de Toulon. Le RCT est très fort sur les ballons portés, en mêlée, etc. C’est un vrai challenge pour nous, devant. Mais on est prêt pour les défier. On les a battus chez nous il y quelques mois (57-5 le 27 octobre, NDLR), mais cela n’aura rien à voir. Ce ne sera pas la même équipe, ni le même contexte. Toulon sera à son meilleur niveau et je crois que ce sera très serré.

Quel regard portez-vous sur David Ribbans, qui sera votre vis-à-vis dimanche ?

Je pense déjà beaucoup à lui (sourire). Ce mec peut tout faire. C’est un leader de touche, il porte le ballon, il est bon en défense, il se déplace beaucoup. Au-delà, il est très en forme et joue 80 minutes à chaque fois, donc c’est vraiment un numéro 5 complet. Depuis qu’il est arrivé en top 14, il a encore pris une nouvelle dimension.

Et il est même devenu capitaine…

Quand on veut être une grande équipe, on a besoin de grands joueurs. Ribbans en est un. Je sens qu’il n’est pas du tout effrayé par ce genre de matchs. Il sait prendre ses responsabilités et ce rendez-vous de phases finales est une chance pour lui de monter toutes ses qualités. C’est pour ça que je pense beaucoup à lui.

Où le situez-vous dans la hiérarchie des deuxième ligne en Top 14 ?

Dans les tout meilleurs. Franchement, il n’y a pas beaucoup de numéros 5 qui peuvent tout faire. Malheureusement, il ne joue pas pour son pays mais il peut être le numéro 5 de l’Angleterre et des Lions britanniques.

Vous êtes tenants du titre en Champions Cup. Conserver ce trophée est-il une source de motivation ?

On essaie de ne pas trop penser au passé, aux titres déjà gagnés. On en a six dans cette compétition, on le sait et on est très fier de porter ces six étoiles, mais notre but est d’aller en chercher une septième. On regarde toujours le prochain titre qu’on veut remporter. Dans notre esprit, la seule équipe qu’on veut voir soulever ce trophée, c’est la nôtre. C’est la mentalité du Stade toulousain : gagner tout le temps et ne pas laisser les autres prendre notre place.

Malgré les six titres remportés depuis 2019, vous ne semblez jamais rassasiés…

C’est la culture du club. À Toulouse, gagner est une obsession. Cela m’a marqué depuis mon arrivée ici (en 2018, NDLR). J’ai des potes qui jouent ailleurs et, quand ils perdent un, deux ou trois matchs, il y a quelques mots… Mais ici, quand on perd un match, puis deux, le président vient te voir, les partenaires viennent te parler, le coach intervient. C’est particulier. Quand on perd deux matchs, c’est presque la crise. Deux défaites d’affilée, même quand les matchs en comptent pas trop, c’est une catastrophe à Toulouse.

Est-ce grâce à la force de l’institution ?

Tout gagner, même à la première journée de championnat, c’est une culture, un état d’esprit. Un club qui a déjà gagné vingt-trois Brennus, et six titres depuis 2019, pourrait en avoir assez, mais ce n’est jamais le cas ici. Oui, c’est la force de l’institution. Et cela se ressent dans l’émulation du groupe.

Comment ça ?

Quand un espoir monte avec nous, il a déjà cette même mentalité. Parce qu’elle se construit depuis les Crabos et même avant. Quand je suis arrivé, j’ai joué un peu en espoir et je le ressentais déjà. Il faut gagner tout le temps, et ne rien laisser les autres. Quand tu vois l’histoire du club, tu te dis que c’est évident. Et lorsque les phases finales sont là, c’est justement une grande opportunité de gagner.

Vous avez perdu votre capitaine, Antoine Dupont, jusqu’à la fin de saison, ou encore Ange Capuozzo pour les prochaines semaines. Cela vous oblige-t-il à vous resserrer encore davantage ?

Oui. On sait que ça va être plus dur de gagner des titres sans le meilleur joueur du monde. Mais on a confiance en Paul Graou, en Naoto Saito, ou en les deux jeunes 9 (Simon Daroque et Nathan Llaveria, NDLR) qui s’entraînent avec nous. Ce n’est pas Antoine tout seul qui gagne les matchs… Bon, c’est vrai qu’il y a des fois où Antoine peut gagner tout seul (sourire). Mais nous sommes quinze sur le terrain. L’an passé, il y a eu cinquante-neuf joueurs utilisés sur la saison. Ange s’est aussi blessé le week-end dernier. Mais, quand un gars n’est pas là, trois autres montent et peuvent avoir l’opportunité de jouer. Il faut mériter de porter ce maillot. Là encore, c’est la force du club.

On en revient à la discussion précédente…

Il y a toujours quelqu’un derrière toi qui cherche à avoir ce maillot. Moi, c’est pareil en numéro 5. Il y a d’excellents joueurs qui montent en deuxième ligne. Ce maillot ne nous appartient pas. On veut le garder mais on peut l’avoir un week-end et voir un autre le porter le week-end suivant. C’est ce qui nous pousse à être toujours meilleur.

Que vous apporté le succès dans le Tournoi des 6 Nations, qui est votre premier sacre international ?

J’ai eu la chance de gagner des titres avec Toulouse, et je sais ce n’est pas facile d’en gagner avec ton pays. Ma mentalité par rapport aux titres vient un peu de la culture du Stade toulousain. On a remporté ce Tournoi et j’en suis très heureux. C’était le premier pour moi. Mais je pense déjà à aller chercher le grand chelem l’année prochaine, et encore l’année d’après. Puis la Coupe du Monde en 2027. Il ne faut jamais se contenter de ce que l’on a fait.

Et sur le plan personnel ?

Je veux toujours mieux. Et là, je trouve que je n’étais pas dans ma meilleure forme sur ce Tournoi. J’ai loupé le match en Italie, puis j’étais remplaçant en Irlande et face à l’Ecosse. A mes yeux, en termes de performance, j’étais loin de mon meilleur niveau.

Est-ce une frustration ?

Oui. Je suis heureux d’avoir fait partie de ce groupe spécial et de gagner ce titre. J’en suis même fier. Mais individuellement, il y avait mieux à faire. C’est ma mentalité et cela me motive pour aller chercher d’autres choses avec la sélection.

Mais vous avez hospitalisé pour une infection pulmonaire après le match en Angleterre. Vous n’y pouviez rien…  

Il y a des choses que tu ne peux pas complètement contrôler. Mais ça n’enlève pas la frustration ! Des trucs se sont passés pour moi, mais… (il s’arrête)

Auriez-vous souhaité faire les choses autrement ? 

Si je le pouvais, oui. J’aurais peut-être préféré trouver le problème plus vite. Apparemment, je l’avais depuis un petit moment. Mais c’est fait et c’est pour cela que je me projette déjà sur la suite, sur le prochain 6 Nations, peut-être sur la tournée de cet été si j’en fais partie. J’ai envie de faire mieux, de jouer tous les matchs, d’être titulaire. C’est mon ambition, même si je ne veux surtout pas paraître ingrat par rapport à ce magnifique titre dans le Tournoi. J’ai l’obsession de donner toujours le meilleur, d’aller plus loin.

C’est votre état d’esprit…

Oui, c’est vrai pour le rugby. Mais aussi à la maison avec mon fils.

Avez-vous eu peur quand vous avez appris que vous étiez victime d’une sérieuse infection pulmonaire ?
En réalité, je n’ai pas du tout eu peur. Ce sont plutôt ma famille et ceux autour de moi qui ont eu peur. Moi, j’avais juste envie de régler ce truc et de retrouver le groupe du XV de France. Je voulais repartir à Marcoussis le lendemain ! Ma femme m’a dit que je devais d’abord prendre soin de moi et régler ce problème de santé. Elle a eu peur très peur quand elle a vu les résultats et les premières images.

Les médecins ont-ils été rassurants ?

Oui, ils l’ont été. J’ai eu beaucoup d’examens, de tests, et j’étais bien pris en charge à l’hôpital. J’y suis resté sept jours, du lundi au lundi, et il y avait du monde partout. Ce n’était pas très inquiétant. Donc, moi, j’étais prêt à repartir en équipe de France.

Votre épouse est-elle encore inquiète quand elle vous voit sur le terrain aujourd’hui ?

Elle a un peu peur et me demande de continuer à faire des tests, notamment pour savoir comment je me sens. Quelque part, c’est normal qu’elle ait cette appréhension. Parfois, j’ai tendance à fermer les yeux là-dessus et ce n’est pas bon. Elle est là pour me rappeler à l’ordre (sourire).

Vous avez fait partie du fameux « bomb squad » en fin de Tournoi, à savoir les sept avants sur le banc. Comment l’avez-vous vécu ?

C’est un rôle important. Durant la période de la 60e à la 80e minute, on peut imposer notre rugby grâce à la fraîcheur des remplaçants. Sur le banc, tous les joueurs avaient largement les qualités pour être titulaires. On entre et on bosse pour l’équipe. Cela a bien marché contre l’Irlande et l’Écosse. Puis, j’ai eu la chance d’entrer avec beaucoup de Toulousains. La couleur du maillot est différente mais c’est un moment fort. C’est chouette d’aller chercher la victoire pour ton pays avec des potes. 

[…]

Source Rugbyrama

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