
notre consultant Xavier Garbajosa s’est arrêté sur la rencontre entre Castres et toulon. Un match teinté d’une forte dose d’un ADN bien connu du Top 14 mais aussi par la mue caractérisée d’une équipe avec laquelle il va falloir compter dans les semaines à venir…
« En Top 14, Castres tient une place à part. Le CO, c’est un ADN, des valeurs de combat et une faculté à jouer sur ses forces. On aime ou on n’aime pas, les Castrais sont toujours là. Jamais donnés gagnants, toujours bien placés. Et ce n’est jamais simple de gagner à Pierre-Fabre. Au contraire. Toulon vient de l’apprendre à ses dépens alors que les joueurs de Pierre Mignoni auraient pu prétendre à une victoire. Ça s’est joué à un minuscule en-avant de Mickaël Ivaldi sur l’essai (justement refusé) de Jules Danglot en toute fin de rencontre.
Si le Castres olympique s’est imposé samedi soir, il le doit à son abnégation, à sa volonté de ne jamais rien lâcher. Malgré une tension palpable en début de rencontre, des ballons tombés, des petites fautes ici ou là qui ont permis aux Toulonnais de marquer en contre, ils ont toujours su rester dans le match. À chaque fois qu’ils ont pris des points, ils sont revenus dans le camp toulonnais et ils sont toujours revenus au score. L’essai du demi de mêlée Arata est un symbole. Il le marque sur sa seule détermination à faire avancer l’équipe. Comme une parabole du caractère qui anime ces joueurs. Ne jamais baisser les bras, ni la garde, c’est leur façon de faire. Une forme de résilience qu’ils aiment cultiver. Certes, ce n’est pas toujours très joli. Mais est-ce le plus important ?
Les Castrais ont fait de l’efficacité un leitmotiv. Une philosophie de vie. Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse aurait dit l’autre. D’aucuns leur reproche leur manque de créativité, l’absence de jeu aéré et la recherche des espaces libres. Je réponds que c’est une équipe qui joue avec ses forces et ses faiblesses. Et elle le fait à merveille. Pourquoi aller chercher les couloirs si tu n’as pas les joueurs pour ça, si tu n’as pas l’appétence pour cette forme de jeu ? Castres, ce sont des gros-porteurs. Je pense notamment à Abraham Papali’i qui a passé son match à secouer le premier rideau toulonnais. Contrés et parfois malmenés, les Castrais ont été pragmatiques et efficaces.
La tactique du pivot
Ce match dit aussi beaucoup de la mue entreprise actuellement du côté du RCT. Pierre Mignoni avait largement fait tourner son effectif. Exit, Baptiste Serin. Au chaud, Jérémy Sinzelle ou David Ribbans. Au repos, Teddy Baubigny ou encore Leicester Fainga’anuku. Malgré ce « turnover », les Toulonnais ont matché. La raison ? Il me semble que cette équipe a franchi un cap. Elle n’est plus un outsider, elle est un candidat crédible au titre. D’abord, elle est difficile à manœuvrer, parce que dense, épaisse, dure au mal. Il le faut pour défier Castres sur ses terres. Mais aussi parce qu’elle varie les plaisirs. Un exemple ? Samedi soir, les Toulonnais ont inscrit deux essais teintés d’une même stratégie.
Appelons-la la tactique du pivot. Sur le premier essai de Jules Danglot, c’est Jean-Baptiste Gros qui fait office de « table d’orientation ». Le pilier du XV de France, même pris en défense, fait la différence en parvenant à se retourner et à servir un partenaire dans le sens. De cette façon, il monopolise deux défenseurs et libère un espace. En seconde période, c’est le pilier anglais Kyle Sinckler qui joue bien la situation. Avec une bonne part de bluff, comme au poker. Après un ruck près de l’en-but, il fait croire qu’il va venir défier la ligne de front, s’arrête, laisse son partenaire de gauche entrer dans le coup de bluff, se retourne comme un pivot et envoie le ballon en direction de la deuxième ligne de jeu, là où il y a plus d’espace puisqu’il vient d’éteindre trois défenseurs qui se sont bloqués sur sa feinte de charge. Du travail bien fait. Malheureusement pour le RCT, à l’exception d’un point de bonus défensif, ça n’a pas payé. En face, il y avait Castres… »
