
Toulon – Toulouse, un classique du rugby européen, promet un affrontement intense en quart de finale. Christian Califano, né à Toulon mais ayant fait carrière à Toulouse, partage ses impressions sur ce match chargé d’émotion et d’enjeux.
Alors ce Toulon – Toulouse, j’imagine que ce sera un match particulier pour vous. Vous êtes né à Toulon, mais vous avez gagné tous vos titres avec Toulouse : première question, vous serez pour qui ?
C’est une question difficile d’entrée, c’est sûr. Je serai pour un club rouge et noir, c’est une évidence. Il est difficile de dire qui va gagner, car ces deux équipes sont vraiment belles. Elles ont toutes les deux montré des performances impressionnantes cette saison, et ce week-end, ce sera un beau match entre elles. Ce sont deux équipes qui ont marqué cette Coupe d’Europe. La première, le Stade toulousain, évidemment par rapport à sa campagne et même sans Antoine Dupont elle reste surprenante et dangereuse. Ce qui est frappant, c’est l’investissement de cette équipe, tant en championnat qu’en Coupe d’Europe. Les Toulonnais, eux, je suis très heureux pour eux. Ils ont construit leur équipe petit à petit, sous la direction de Pierre Mignoni, après des moments difficiles. Ils sont aujourd’hui une équipe soudée, prête à se surpasser. Ils ont une belle envie de déjouer les pronostics. Je pense que ce quart de finale sera le plus relevé.
Ugo Mola disait d’ailleurs que le vainqueur irait loin dans cette compétition. Partagez-vous ce sentiment ?
À ce stade de la compétition, il semble que ce soit vraiment deux des meilleures équipes qui s’affrontent. Le Stade toulousain comme les Toulonnais ont montré une grande solidité. Les Toulonnais, en particulier, ont impressionné face aux Saracens, même s’ils ont mis un peu de temps à se lancer. Mais leur investissement sur la fin du match et la qualité des joueurs à chaque poste sont indéniables. Un clin d’œil à Jérémy Sinzelle, qui depuis le début de la saison fait preuve d’une énergie incroyable et surtout surprenante, entraînant toute l’équipe avec lui. Quant au Stade toulousain, rien ne les perturbe. Ils s’adaptent à tout. Donc oui, celui qui gagnera ce quart de finale ira sûrement au bout.
Jean-Baptiste (Gros) est devant Cyril (Baille) actuellement, ce qui est logique
Où sera la clé du match ? Ça va cogner fort ce quart ?
Oui, ça va cogner fort, ça c’est sûr, car il y a deux packs très similaires. On a d’un côté David Ribbans pour Toulon, de l’autre Jack Willis pour Toulouse. Ces joueurs sont rugueux, ils aiment le combat. La mêlée sera un secteur très important. Il faudra aussi surveiller la troisième ligne. Les Toulonais, malgré l’absence de Charles Olivon, ont une troisième ligne mobile, comme l’a montré Facundo Isa avec son triplé contre les Saracens. Les Toulousains, eux, ont l’habitude des matchs serrés, qui se jouent peut-être dans les dernières minutes. Mais attention, les Toulonnais pourraient bien surprendre.
Il y aura beaucoup de duels dans ce match. Il y en a un que vous devez attendre, c’est celui entre Cyril Baille, piqué au vif par Ugo Mola, écarté contre Sale mais qui va sans doute revenir, face à Jean-Baptiste Gros ?
Déjà, félicitons Jean-Baptiste Gros pour sa belle saison, tant avec Toulon qu’avec l’équipe de France. Il a fait preuve de beaucoup de pragmatisme, notamment en mêlée. C’est un joueur qui, cette saison, a fait de gros progrès. Je parle souvent avec Cyril, et je trouve qu’ils se ressemblent. Mais la concurrence fait partie de notre sport, et Jean-Baptiste est devant Cyril actuellement, ce qui est logique. Mais il faut aussi se rappeler du parcours de Cyril. Il y a encore deux mois, Cyril était blessé et ne savait même pas s’il allait pouvoir revenir. Il a été pris avec l’équipe de France, et c’est une belle récompense pour lui. Cyril est un gagnant, il s’est construit dans la douleur et même s’il n’a pas joué pour l’instant, il aura à cœur de prouver ce qu’il peut apporter. Le duel entre Gros et Baille, ça va être un vrai combat, un duel de qualité.
C’est un match que vous auriez aimé jouer ?
Oh oui, franchement, j’aurais adoré jouer ce match. C’est le genre de match que tout le monde attend. Il y a quelque chose de particulier dans un Toulon – Toulouse. C’est le classico, peut-être plus que le Stade français – Toulouse. Ces deux équipes se respectent, mais se battent sur le terrain. Et c’est aussi un beau clin d’œil à deux grands managers, Ugo Mola et Pierre Mignoni. Pierre a su construire une équipe avec du temps, de la confiance. C’est vraiment un collectif qu’il a forgé à son image, une équipe qui se dépasse ensemble, une bande de copains. Ce n’est pas juste une question d’individualités, mais de solidarité. Ce match, c’est un bel hommage à ces deux équipes et à leur travail.
Didier Lacroix, le président de Toulouse me disait souvent : « Tu es né à Toulon mais tu t’es construit à Toulouse »
Et cela se jouera à Mayol…
Ah, Mayol, c’est un endroit à part, c’est clair. Il y a une atmosphère unique là-bas. Le choix de ne pas délocaliser le match, c’était une décision forte. Mayol, c’est leur maison. Les supporters y sont incroyables, et cette ambiance, ça donne à l’équipe un supplément d’âme. Mais attention rien ne perturbe les Toulousains, ils savent se mettre dans leur carapace. C’est pour ça que ça va être un match serré, ça va se jouer dans les dernières minutes.
Si vous aviez une anecdote, un souvenir particulier d’un Toulon – Toulouse ?
Ce sont les matchs qui m’ont fait rêver quand j’étais petit. Ces matchs m’ont marqué. Effectivement, j’en ai joué quelques-uns et ce n’est jamais facile quand tu as été élevé à la culture toulonnaise de revenir jouer à Mayol sous d’autres couleurs, il y avait de l’appréhension parce que c’est ton club. Didier Lacroix, le président de Toulouse me disait souvent : « Tu es né à Toulon mais tu t’es construit à Toulouse ». Mais si je devais citer une anecdote, je me souviens d’une finale Toulon – Toulouse. On s’était levé un matin avec mon pote Marco de Rougemont, et on a décidé d’aller à la finale sans billet ni rien. On a pris un train à l’arrache, sans argent, sans billet, juste avec l’envie d’y aller. Dans le train les gens nous ont nourris. Arrivés à Paris, on a rencontré des supporters qui par chance, avaient deux places supplémentaires. Ce genre d’aventure, ça reste gravé. C’était un moment incroyable. Et je me rappelle que c’était une finale où Toulon et Toulouse s’étaient affrontés avec une intensité incroyable. C’était en 1985, on était jeunes, mais ça reste un souvenir mémorable.
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Source Rugbyrama
