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« Maître de ses choix, maître des choses » : l’odyssée fantastique de Camille Lopez

Il va arrêter sa carrière en juin après seize ans de professionnalisme, lui qui à 20 ans n’aurait jamais pensé tutoyer les sommets, puisqu’il évoluait en Fédérale 1 et puis, la chance, le hasard s’en sont mêlé ; ou bien le destin. Faites votre choix…

« Vous savez, j’ai connu un parcours différent. Je n’ai pas fait de centre de formation. » Voici la teneur des premiers mots qu’il nous accorda un jour de 2012 à Bègles-Musard. Treize ans plus tard, le drapeau à damiers va se baisser sur l’un des parcours les plus fascinants des années 2010. Celui d’un ouvreur de Fédérale 1 sans puissance ni vitesse qui s’est hissé jusqu’au sommet, au point de jouer une Coupe du monde, en 2019, et d’y inscrire un drop décisif face à l’Argentine.

Camille Lopez va s’arrêter en juin 2025, à 36 ans, après nous avoir maintenus au maximum dans nos tendances nostalgiques, comme un rescapé du rugby des temps anciens quand les demis faisaient des carrières sur leur vista et leur débrouillardise comme Jacques Fouroux, ou avant lui, « Jo » Carabignac, des 9 et des 10 qui eux non plus n’avaient pas des profils d’athlète. Dans un rugby de vitesse et de muscles, Camille Lopez maintenait la valeur de l’instinct, de l’adresse et du regard.

Le coup de chance d’une vie

La première fois qu’on entendit parler de lui, ce fut sous l’angle de la curiosité. L’UBB était encore en Pro D2, on évoquait ce curieux ouvreur au prénom mixte associé à un patronyme hispanique, un gars débarqué du Pays basque en 2009 avec une silhouette de « Monsieur tout le Monde » qui ne semblait pas taillée pour ce rugby pro dont on nous rebattait les oreilles. Vincent Etcheto se souvient : « À l’époque, le budget de l’UBB n’était pas très élevé, donc avec Laurent Marti, on recrutait des bons joueurs de Fédérale ou de Pro D2 pour améliorer l’effectif. Raphaël Lagarde et Maxime Machenaud formaient notre charnière numéro une, ils étaient jeunes aussi, mais il fallait compléter le groupe. Camille présentait un certain potentiel. Il surnageait en Fédérale 1 avec Mauléon. » Qu’est ce qui avait donc interpellé les têtes pensantes de l’UBB chez ce jeune Souletain ? « Il avait quand même son jeu au pied, une bonne patte gauche, une qualité de passe, et était vif sur ses appuis. Alors, c’est sûr qu’il n’était pas « découenné », il n’était pas encore prêt pour le haut niveau en termes de gabarit (il perdit dix kilos, N.D.L.R.). Mais il était compétiteur, c’est-à-dire qu’il était capable d’être bon en défense et, surtout, il attaquait la ligne, il avait un bon crochet intérieur. C’était un puncheur déjà. »

Camille Lopez lui-même n’a pas fait mystère des difficultés de son apprentissage et des remarques sur son physique. Il l’expliquait dans ces colonnes en 2023 : « Vexé ? Non, parce que je suis comme ça et j’en ai fait ma force… Quand je suis arrivé à Bordeaux, je n’avais jamais touché une barre de musculation. Le delta a été énorme, j’ai mis du temps à l’encaisser. J’ai eu la chance d’être bien entouré. »

Ce passage vers le professionnalisme, Vincent Etcheto l’évoque avec fatalisme : « Je parle souvent de ça avec des jeunes joueurs. Pour percer, il faut avoir un peu de chance, être repéré, entrer très tôt dans le système fédéral, ce qui n’est pas une garantie de succès non plus. Et nous aussi on a eu de la chance avec Laurent Marti. Quand tu flaires un truc, tu n’es pas sûr que ça va marcher à chaque fois. Et Camille aussi a eu de la chance, peut-être que Laurent ait de la famille et des amis vers Mauléon, et que moi, vers 2008 je croise Mauléon en championnat alors que j’entraînais Le Boucau. »

Le test de 2013 face à Wilkinson

Camille Lopez n’était pas sur la feuille de match de la montée de l’UBB face à Albi en 2011. Le duo Etcheto-Delpoux lui avait préféré le Néo-Zélandais Gerard Fraser. On pensait encore que ce Lopez ne pourrait pas se frayer un chemin en Top 14. On se souvient même d’une conversation entre deux journalistes qui se croyaient malins : « Il faut se méfier des montages vidéo. Avec une habile compilation de ses meilleurs gestes, on pourrait faire passer Camille Lopez pour un joueur de classe internationale. » Ils se trompaient lourdement, Camille Lopez avait vraiment le niveau supérieur, sans montage trompeur. Il allait le démontrer en Gironde entre 2011 et 2013 avec notamment ce Bordeaux – Toulon de 2013, soldé par un improbable 41-0. «  Toute l’équipe avait marché sur l’eau, dont lui, en tant que meneur de jeu. On avait un rugby très offensif qui passait beaucoup par le 10. Ce jour-là, il a réussi les passes au pied, ses appuis ont marché, ses combinaisons ont marché. Il était dans un état de grâce. On a mis 40 points au champion d’Europe. C’est vrai que ce jour-là, il avait vraiment révélé son potentiel au grand public en face d’un certain Jonny Wilkinson. »

Camille Lopez, ici en 2013, compte 28 sélections en équipe de France entre 2013 et 2019.
Camille Lopez, ici en 2013, compte 28 sélections en équipe de France entre 2013 et 2019.
Isabelle Picarel / Icon Sport

Le rugby, ce n’est pas que de la performance physique

Quatre mois après, Philippe Saint-André osait. Camille Lopez s’envolait avec le XV de France pour la Nouvelle-Zélande. Sa vie avait basculé. D’ailleurs, l’UBB de l’époque s’était révélée trop petite pour son talent enfin reconnu. Marc Delpoux l’avait attiré à Perpignan pour une saison… conclue par une descente. Avec le recul, on se dit qu’elle aurait pu plomber sa trajectoire. Mais à Clermont aussi on croyait en ce nouveau talent, on le répète, ni puissant, ni rapide. Il débarqua en Auvergne en 2014. Morgan Parra vivra huit ans de complicité avec Camille Lopez, ornés du bouclier de Brennus 2017 : « Après une période d’alternance avec Brock James, il a pris son envol. Nous avons partagé tant de moments ensemble, c’est devenu un ami, même si sur le terrain on s’est parfois disputé au sujet des choix. On parlait beaucoup, mais jamais pour nous, toujours pour le bien de l’équipe. À quelqu’un qui découvrirait le rugby, je dirais que c’était un attaquant pur, maître de ses choix et maître des choses. Un attaquant de ligne qui ne se plaçait pas en profondeur car il aimait le jeu, même si aujourd’hui le jeu amène l’utilisation du pied, par la force des défenses. Mais ça fait sa force aussi parce qu’il est capable de décaler des coups par le pied, mais il le fait dans les espaces, donc c’est pareil, ça reste de la lecture. »

Morgan Parra aura été le premier spectateur de l’habileté, de la science mais aussi de la volonté d’un Lopez, vrai compétiteur. Il aura été le premier témoin de sa santé de fer puisque Camille Lopez aura été au final très peu blessé. « Oui, à part une fois à Bath, quand il fut touché au pied. Je suppose que c’est dû à son hygiène de vie impeccable, alors qu’il s’exposait beaucoup » poursuit l’ex-numéro 9 de Clermont en se marrant. « Pourtant il aimait bien manger, mais je pense qu’il absorbait les chocs. »

Parra : "C’est devenu un ami, même si sur le terrain on s’est parfois disputé au sujet des choix. On parlait beaucoup, mais jamais pour nous, toujours pour le bien de l’équipe."
Parra : « C’est devenu un ami, même si sur le terrain on s’est parfois disputé au sujet des choix. On parlait beaucoup, mais jamais pour nous, toujours pour le bien de l’équipe. »
Icon Sport – Romain Biard

Un jour dans ces colonnes Vincent Etcheto avait expliqué que pour un ouvreur, le nec plus ultra d’un ouvreur était de ne jamais se faire prendre avec le ballon. Camille Lopez réagit ainsi : « Je me fais moins prendre avec le ballon parce que j’ai plus tendance à faire jouer autour de moi. Chacun joue avec ses qualités, je n’ai pas celles d’un Matthieu Jalibert, qui est capable d’aller très vite, qui crée des choses tout seul. Lui aura tendance à se faire attraper plus souvent, parce qu’il le cherche aussi.  » La carrière de Camille Lopez aura fini de nous fasciner jusqu’au bout par sa longévité. En 2022, à 33 ans, il signe pour Bayonne. On a toujours pensé que son profil atypique le servit alors au carré. Peu dépendant de ses performances athlétiques, son talent restait intact. Il dynamita toute idée de préretraite pour devenir un chef d’orchestre célébré par Jean-Dauger avec deux atouts spéciaux, les passes au pied, souvent pour Rémy Baget, et ces drops, tentés sans trop de prémices via un geste si fluide : « C’est stratégique, par rapport au temps, à la physionomie du match, mais ça reste instinctif. Certains le préparent. Moi, je n’aime pas quand il est trop préparé. Après, je ne l’ai pas remis au goût du jour. Je l’ai toujours utilisé… » Morgan Parra reprend : « Il claquait ses drops à l’instinct c’est vrai, mais comme ses passes au pied pour l’ailier. D’ailleurs, si un geste doit le caractériser, c’est bien celui-là. »

En novembre 2023, Camille Lopez s’était exprimé dans nos colonnes dans un entretien qui sonnait comme un bilan avec dix-huit mois d’avance : « Mentalement, ça n’a pas été dur parce qu’il était logique que je sois à la rue par rapport aux autres. Je n’étais pas formaté comme les gars qui sortent d’un centre de formation, mais je suis un fervent défenseur de ces carrières et des profils atypiques, comme le mien. Je suis persuadé qu’il est possible, encore, de réussir au plus haut niveau en évitant ces cursus-là. J’en suis la preuve. Le rugby, ce n’est pas que de la performance physique, même si c’est primordial d’en faire un minimum. Tu as beau pousser je ne sais combien de kilos à la musculation, si tu n’es pas capable de faire une passe en courant, tu ne pourras jamais jouer au haut niveau. Aujourd’hui, je suis persuadé que certains jeunes, notamment dans le Sud-Ouest, sont capables de sortir de ces petits clubs pour passer le cap du monde professionnel. »

Camille Lopez

Né le : 3 avril 1989 à Oloron-Sainte-Marie (64)

Mensurations : 1,75 m, 90 kg

Poste : demi d’ouverture

Clubs successifs : Mauléon (1995-2009), Bordeaux-Bègles (2009-2013), Perpignan (2013-2014), Clermont (2014-2022), Bayonne (depuis 2022).

Sélections nationales : 28 sélections en équipe de France.

1er match en sélection : face à la Nouvelle-Zélande à Auckland, le 8 juin 2013 (23-13)

Points en sélection : 167.

Palmarès : Champion de France 2017 avec Clermont, vainqueur de la Challenge Cup en 2019 avec Clermont.

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Source Rugbyrama

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