
À deux jours du quart de finale de Champions Cup qui attend ses joueurs à Toulon, Ugo Mola a évoqué la symbolique de ce rendez-vous, ses liens avec Toulon et Pierre Mignoni ou encore l’état d’esprit de ses troupes face à toute l’adversité, sportive et extrasportive, du moment.
Pour la première fois, Toulouse va croiser Toulon en Champions Cup. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
C’est un paradoxe parce que ce sont des clubs qui jouent les premiers rôles depuis très longtemps. On s’est souvent croisé en championnat, ça fait d’ailleurs remonter beaucoup de souvenirs. On se les est remémorés durant la semaine. On a plein de choses en commun malgré que les endroits, la culture et le rugby soient différents. Il y a eu beaucoup de rivalités par le passé mais il y a beaucoup de similitudes dans la manière de penser, de fonctionner. Et je crois que, quelque part, de façon directe ou indirecte, il y a beaucoup d’attachements entre ces deux clubs. Il y a des clubs avec qui c’est plus dur parce qu’il n’y a pas grand-chose en commun et d’autres avec qui tu te rends compte que, même si on ne pense pas toujours la même chose, il y a le rugby, au fond des uns et des autres, qui unit. Pour en revenir à Toulon, je trouve ça plutôt bien que le RCT réapparaisse après une domination sans conteste au milieu des années 2010. Cette équipe a certainement généré de la passion chez des gamins qui sont allés au rugby grâce à cette série de titres et aux joueurs exceptionnels qui les ont décrochés. Toulon va compter cette saison et sur celles qui vont arriver.
À lire aussi :
Champions Cup – Les compositions de Toulon – Toulouse : Jean-Baptiste Gros sur le banc, Cyril Baille titulaire
Toulon fait partie des équipes qui jouent le plus au pied en Top 14. Est-ce aussi le cas en Champions Cup ?
C’est l’équipe qui a le plus de longueur au pied, qui occupe le plus et qui met beaucoup de jeu au pied. À ce sujet, il est clair que la rentrée de Melvyn (Jaminet, N.D.L.R.) dans l’effectif a encore plus accentué ces caractéristiques. Pour autant, ce club met en moyenne quasiment cinq essais par match à domicile. Ça vous donne un peu le côté effrayant. Dans ses expériences de coach, Pierre Mignoni a toujours eu tendance à être assez innovant sur les lancements et sur sa capacité à surprendre les adversaires. On est prévenu. On s’est préparé à leur longueur de pied, on s’est aussi préparé aux conditions parce qu’on s’est entraîné toute la semaine avec du beau temps mais on nous annonce de mauvaises conditions sur la fin du week-end. Il faudra s’adapter à ça.
À lire aussi :
Champions Cup – Exclusif. Sergio Parisse (Toulon) : « Il faudra faire le match parfait pour battre Toulouse »
Une bonne partie de vos joueurs va découvrir Mayol. Est-ce un paramètre qui compte, quand bien même votre groupe a un vécu considérable ?
Sincèrement, je crois que tout joueur de rugby français doit passer par ce petit chemin initiatique qui t’amène à Mayol, à un moment ou à un autre de sa carrière. J’ai eu cette chance avec Jérôme (Cazalbou) et la génération des années 90. Je me souviens d’un match de play-off à l’époque : c’était la dernière d’Éric Champ, autant vous dire que c’était hostile plus plus. La génération actuelle a eu peu ou pas eu l’occasion de s’y frotter. Et c’est un élément, évidemment, qu’on peut prendre en compte. D’ailleurs, je pense qu’ils ne sont pas encore totalement prêts à ce qu’ils vont vivre dimanche après-midi à Mayol.
Toulouse n’a jamais perdu contre une équipe française en phases finales de Champions Cup. Qu’est-ce que cela dit du Stade toulousain ? Et cela peut-il faire effet de levier pour cette génération ?
Ah oui, je ne m’en souvenais plus. L’histoire est importante. On a d’ailleurs tendance à un peu la dénigrer ou à l’oublier. Quand je parle d’histoire, ça fait écho à ce que je disais sur le chemin initiatique. Quand tu joues à Mayol, tu grandis, tu vis un truc qui te fait penser différemment. Qu’on n’ait pas perdu contre un club français… Ça arrivera. D’ailleurs, il ne vous a pas échappé qu’il y a une campagne de presse ces dernières semaines…
On vous suit…
Si Toulouse se prend les pieds dans le tapis, il y en a quelques-uns qui, sans aller jusqu’à lever les bras devant les médias pour s’en excuser après coup, boiront une bière tranquillement chez eux. On sait ça. On vit avec ça. Ce qui m’intéresse, encore une fois, au-delà de la polémique à deux balles et des déclarations de certains, notamment sur les affaires du moment, c’est la réaction de mes joueurs, de mon groupe, de notre environnement, de notre club… Et, et ce n’est pas une envie affichée pour faire les bons petits professionnels devant la presse, il y a cette envie profonde de gagner. Nos gamins veulent gagner. Nos gamins veulent continuer de gagner. Après, ça n’arrive pas toujours… Dans ces cas-là, la défaite, l’échec te permet de grandir, d’évoluer, d’innover. Quand un Toulon revient dans la scène et est à ce niveau-là, ça te remet en question, ça te permet d’innover.
À quel niveau ?
Vous savez, Pierre Mignoni m’a aidé, avec son regard, à préparer la finale de Champions Cup l’an dernier. Je le recroise là, en phase finale, en ayant envie de faire un tour de plus. Je pense qu’il ressent la même chose de son côté mais ça n’enlèvera pas ce qu’on pense les uns des autres. Au contraire : avoir envie de gagner, ce n’est pas mal penser sur les autres. J’ai cru lire, encore une fois, que je n’avais pas d’atome crochu avec certains entraîneurs. Ce sont des interprétations. C’est juste que quand on croise des gens qui travaillent bien, c’est bien de le signaler. Et le fait qu’ils travaillent bien, ça nous booste pour essayer de faire mieux. Parce que je pense qu’on a encore de la marge pour faire mieux.
[…]
Source Rugbyrama
