Avez-vous entendu Ugo Mola dire, lors de la fin de la phase de poules de Champions Cup, que l’UBB était l’équipe la plus forte ?
Ça fait partie du jeu. C’est la petite guéguerre d’ego, mais nous, les joueurs, ne rentrons pas dedans. On s’en fout un peu. Nous avons nos objectifs et nous savons où on veut aller. Il n’y a pas de pression par rapport à ça.
Vous aviez terminé cette phase de poules à la première place générale. Cela veut dire quelque chose ?
C’est un bilan hyper positif. Nous sommes contents de ce que nous produisons, des matchs que nous gagnons. Ce qui est génial, c’est que quand tu es dans ce groupe, tu sais que tu peux gagner tous les matchs et renverser toutes les situations. On l’a vu à Vannes en première partie de saison, avec un scénario de fou.
Notre équipe a l’espoir de vaincre
Cette rencontre vous a particulièrement marqué ?
Ce match-là est un bon souvenir mais il n’est pas le seul. Sur beaucoup de rencontres à l’extérieur nous avons fait une première période pas terrible. Mais à chaque fois, nous avons réussi à mettre à mal les équipes sur les trente dernières minutes. Nous avons cet état d’esprit : celui de ne rien lâcher.
Cela peut-il aussi s’expliquer par le fait que l’UBB possède un effectif plus dense que les années précédentes, et donc un banc plus impactant ?
Oui mais il n’y a pas que nous qui avons un effectif aussi complet. Je pense que l’aspect physique peut faire la différence. Peut-être que notre préparation était bonne et que nous trouvons de la fraîcheur sur les fins de matchs. Le fait d’avoir un peu de rotation dans l’effectif permet aussi cela. C’est peut-être ça le secret.
Comment définiriez-vous votre équipe ?
Nous avons une équipe qui a envie de gagner, qui a l’espoir de vaincre. Nous prenons du plaisir à jouer ensemble et à produire un beau rugby, que tout le monde aime. Nous sommes des foufous cadrés.
Nous voulions prouver que nous aussi, on existait et qu’il n’y avait pas que les gazelles derrière qui brillaient
La cohésion du groupe est donc ce qui vous fait avancer ?
Je suis là depuis un moment et ça, on ne l’a jamais perdu. On a un groupe extraordinaire. Tous les nouveaux joueurs le disent en arrivant : c’est hyper simple de vivre avec nous au quotidien. C’est quelque chose qu’on ne perdra pas, parce que c’est ce qui fait l’UBB. Ce qui est différent, c’est surtout que sur le terrain, on se trouve beaucoup mieux qu’auparavant. Maintenant c’est facile alors qu’avant, c’était parfois pile ou face.
Sur plusieurs matchs cette saison, le pack de l’UBB a su se montrer dominant et faire gagner des matchs. Même si des progrès restent à faire, quel sentiment cela vous fait de savoir que les avants peuvent être conquérants ?
Je ne le cache pas, ça fait du bien. En tant qu’avants, on attendait cela depuis un moment et nous voulions prouver que nous aussi, on existait et qu’il n’y avait pas que les gazelles derrière qui brillaient. Sur les derniers matchs, nous avons souvent gagné grâce aux avants et les petits trois-quarts ont pu nous dire merci.
Trouvez-vous que nous réduisons encore trop l’UBB à ses trois-quarts ?
Quand tu vois la ligne de trois-quarts internationale qu’il y a, tu es obligé de parler d’elle tout le temps. Mais il est vrai que je pense que les avants ne sont pas jugés à leur juste valeur. Nous sommes plus facilement critiqués.
Votre principal axe de progression se situe toujours au niveau de la conquête ?
Il y a eu un début de saison un peu compliqué en mêlée, où on n’arrivait pas à trouver nos repères. On se faisait pénaliser mais on a rectifié le tir. La touche est, elle, un éternel problème pour toutes les équipes. C’est tellement dur… Il est impossible d’être chaque week-end parfait en touche. Je pense qu’on est sur la bonne voie. Guido Petti nous fait du bien sur ce secteur.
Cette saison, vous savez aussi gagner des matchs malgré quelques rotations dans l’effectif. C’est une progression ?
On a appris de notre défaite l’année dernière en finale. On s’est posé des questions et on s’est rendu compte que nous n’avions pas toute la fraîcheur qu’il fallait à la fin, parce que nous nous sommes usés tout au long de la saison. Quand tu n’as pas trop de blessés et que tu as le luxe de pouvoir avoir une rotation dans l’effectif, ça se voit tout de suite.

Qu’avez-vous appris d’autre de cette finale ?
Que nous voulons éviter le match de barrage. Il faut essayer d’être dans les deux premiers pour accéder directement aux demi-finales. La Champions Cup, elle, n’est pas tant gênante que ça. C’est une phase finale qui nous permet d’entrer dans notre fin de saison. Je pense qu’on a l’effectif pour jouer sur les deux tableaux.
En basketball il y a quelques années, Tony Parker avait confié que la cruelle défaite des Spurs en finale NBA 2013 avait aidé l’équipe à triompher l’année suivante, face au même adversaire. Est-ce que cela vous inspire dans votre contexte ?
Oui… Nous avons à cœur de nous rattraper contre Toulouse. On l’a fait en gagnant chez eux en début de saison. Ce match, on l’avait ciblé. On s’était dit que si on le gagnait, c’était pour effacer cette finale et pour prouver à tout le monde que c’était une erreur. Mais ce n’est pas une finalité. Il ne faut pas qu’on reste focalisés sur Toulouse parce que les autres équipes sont toutes aussi dangereuses.
Parlons de vous personnellement. Si le pack de l’UBB s’est fait un nom, c’est en partie grâce à vous. Comment jugez-vous votre saison ?
L’année dernière, j’ai eu pas mal de pépins physiques, notamment en début de saison. Depuis la mi-saison dernière, je me sens beaucoup mieux physiquement et ça continue cette année. Je me sens épanoui dans notre système de jeu et je prends du plaisir à jouer avec tout le monde. Cela se voit sur le terrain. C’est quand tu te sens bien que tu fais de bonnes prestations.
Est-ce que le système de l’UBB vous oblige à être davantage mobile ?
Ça ne me dérange pas car je suis assez mobile comme deuxième ligne. En tout cas, j’aime bien courir. Mais c’est vrai que le staff nous en demande de plus en plus. Il y a pas mal de tâches à faire, pas mal de déplacements. C’est ce qui fait la différence parce que quand tu arrives à te déplacer, tu fais déplacer les autres en face. C’est comme cela que tu perturbes les défenses et que tu crées des espaces pour les trois-quarts.
Il nous manque une chose pour arriver à l’objectif que tout le monde veut…
Avec quatre essais inscrits, vous devenez un finisseur !
C’est une année record pour moi ! Normalement, c’est un essai tous les deux ou trois ans. Après, je constate que j’ai marqué deux essais en bout de ligne et je trouve que c’est quand même plus facile de marquer à l’aile.
Le XV de France a remporté le Tournoi sans que vous ne soyez convoqué. Est-ce que c’est une petite déception ?
J’ai connu les Bleus en 2021 notamment mais j’ai eu une grosse blessure au poignet juste après. Cela m’a mis un coup d’arrêt. À ce moment-là, j’ai laissé passer le train. J’ai loupé tous ces beaux moments qu’ils ont vécus. Je suis reparti d’en bas et j’essaie de donner le plus possible avec Bordeaux pour essayer de retaper à la porte. Je ne me focalise pas trop là-dessus car je suis déjà très heureux de continuer de jouer. J’ai connu pas mal de soucis avec mon poignet. J’aurais pu arrêter le rugby.
Que vous est-il arrivé ?
Tout avait pété dans mon poignet. J’avais le ligament scapholunaire rompu avec de l’arthrose partout. J’avais joué six ans comme ça et sur un match, un mec m’avait tapé sur le poignet pendant que je portais en touche. Ça m’a tout fait bouger. Du coup, on m’a enlevé une rangée d’os à la main et on m’a mis une plaque pour me stabiliser. Je ne peux plus bouger le poignet désormais. Heureusement, c’est à gauche et je suis droitier.
Vous jouez votre dixième saison à l’UBB, avez disputé 200 matchs… Vous faites partie des meubles désormais ?
L’année où j’arrive, le club jouait la coupe d’Europe pour la première fois. Nous avons été aux portes du top 6 pendant trois ou quatre ans, en finissant toujours à quelques petits points de la qualification. C’est vrai que l’évolution du club a été énorme. En 2015, on avait simplement un préfabriqué au bout du parking ! Le club évolue, il grandit petit à petit. Il nous manque une chose pour arriver à l’objectif que tout le monde veut…
