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« Psy et déclic » : Buros se livre sur la préparation mentale, qui l’a aidé en tant que joueur

La préparation mentale est encore méconnue et peu utilisée dans le rugby pro. L’international français Romain Buros a accepté de parler de cette pratique qui l’a aidé à progresser sur les terrains.

Il est possible d’être international français de rugby, star de son équipe et de prendre le bus. La preuve avec Romain Buros. En ce pluvieux soir d’hiver, capuche sur la tête, l’arrière a privilégié ce mode de transport pour rejoindre le cadre feutré de l’hôtel Bome, situé sur les quais de la Garonne en face… La boutique de l’UBB. Pendant une heure, le joueur de 27 ans s’est assis à côté d’une personne qu’il connaît bien. À sa gauche, Anthony Mette. Préparateur mental, il suit des rugbymen mais aussi d’autres sportifs, à l’image de l’ancien footballeur Raphaël Varane. Son dernier livre « Les 10 secrets du mental des Champions » (éditions DBS) est d’ailleurs préfacé par le champion du monde 2018. Mais voir dans les médias un sportif et son préparateur mental parler ensemble de cette pratique est évidemment extrêmement rare, secret médical oblige. Cela résulte d’une évolution des mentalités, notamment dans l’ovalie où l’état d’esprit peut tourner au viril à outrance, où la moindre faille est interdite. « Je ne dirais pas que c’est tabou car on en discute librement entre joueurs, avoue le Girondin. J’en parle avec les gars dont je suis proche, dont je sais que certains bossent avec Anthony ou avec un autre préparateur mental. Je dirais que les gars ont plus de mal à se décider à travailler avec quelqu’un. C’est un axe de progression et il y en a beaucoup qui ont du mal à se dire qu’ils en ont besoin… »

D’ailleurs, il ne sait pas dire s’il a prévenu Yannick Bru et Fabien Galthié de ce travail en dehors des terrains : «  Peut-être que je l’ai mentionné au détour d’une conversation avec eux. Ce n’est ni quelque chose que je cache, ni que je crie sur tous les toits. Je n’ai pas besoin de dire ce que je fais pour progresser. » Ce discours tranche avec les souvenirs d’Anthony Mette. Le préparateur mental travaillait directement à l’UBB au début des années 2010. Parfois sans grand succès… « Quand j’ai commencé, il n’y avait pas grand-chose de proposé dans le rugby. Les joueurs de l’UBB étaient assez craintifs, je galérais avec certains. Je les voyais une fois et je disais on arrête. Maintenant, ceux qui ont pris conscience des enjeux, des impératifs et de l’argent à se faire en très peu de temps – qui sont donc des vrais pros – sont prêts à fournir des efforts en ce sens. Ceux qui restent dans l’optique du sport de copains et qui ne vont pas vraiment s’investir en dehors des entraînements, tu ne peux pas trop avoir d’influence sur eux car ils ne vont pas avoir envie de s’engager dans ça », développe-t-il.

L’ancien joueur de Pau est donc à ranger dans la première catégorie. Il raconte la genèse de cette collaboration : « Cela faisait un petit moment que je m’intéressais à la préparation mentale, j’avais lu quelques livres là-dessus. Clément Maynadier travaillait avec Anthony depuis longtemps, j’en avais discuté avec lui. J’utilisais alors l’application de méditation « Petit bambou » et Anthony avait fait un programme dessus. Je m’étais blessé à l’épaule en janvier 2022 et je savais que j’allais avoir une longue période sans jouer et je voulais progresser sur d’autres aspects que le sportif. Or, je savais que j’étais en proie à des stress relativement importants sur des grosses échéances. Je voulais chercher à devenir plus performant. »

L’écueil de la finale du Top 14 2024

Concrètement, l’homme aux 137 rencontres avec l’UBB explique que la préparation mentale lui permet, à l’approche des matchs, d’anticiper tous les scénarios. Et de réfléchir à comment il se prépare à les affronter afin de ne pas stresser le moment venu. Prenons un exemple concret : Romain Buros apprend qu’il va être titulaire avec le XV de France pour défier les All Blacks pour sa première cape avec les Bleus lors de la dernière tournée d’automne. « Quand j’ai eu Anthony le jeudi, à l’avant-veille de la rencontre, j’avais vécu trois jours très stressants. Je me disais que cela ne pouvait pas monter comme ça jusqu’au match. Depuis que l’on travaille ensemble, mieux je prépare mes débuts de semaine, moins j’arrive stressé et plus je suis sur ce côté plaisir. J’ai eu beaucoup de stress cette fois-là car je voulais tout contrôler. Anthony m’a filé quelques petits exercices, pour faire diminuer la pression et augmenter le niveau de confiance. Mais si j’ai réussi à maîtriser mes émotions, c’est grâce au travail depuis des années, pas grâce à ces deux jours », se souvient-il.

Si les deux hommes travaillent sur la manière d’aborder les matchs ils ne font pas de travail sur la gestion des émotions après une rencontre. Comme, par exemple, pour gérer la colère et la frustration d’une défaite historique en finale du Top 14 pour Romain Buros et Bordeaux face à Toulouse en 2024 (3-59). « J’étais au stade ce jour-là et les mecs n’étaient pas tous dedans, concentrés à l’échauffement, cela se voit, rumine Anthony Mette. Le match commence mal pour l’UBB et je me suis dit que c’était mal barré… Ce qui m’énerve c’est que je suis plusieurs joueurs à Bordeaux et je les ai appelés dans la semaine. Ils m’ont dit : « C’est bon, on gère. » Mais non les gars vous ne gérez rien (Romain Buros sourit). Pour la plupart, c’était la première finale. J’ai hésité à insister et à leur rentrer dedans. Je ne l’ai pas fait car je ne suis pas dans le staff du club, je ne peux pas être trop influent. Mais quand tu connais les joueurs et l’équipe tu sais quasiment à l’avance s’ils vont gagner ou perdre car tu descelles s’ils sont prêts ou s’ils s’auto-persuadent… »

Une autonomie dans le travail mental

La préparation mentale reste un sujet peu connu du grand public, même en dehors du rugby. Romain Buros donne l’exemple d’un exercice qu’il fait souvent avant les matchs importants : « Anthony m’a fait une fiche où j’ai, en gros, des niveaux d’activation physique et d’activation mentale. Sur ce match, je dois déterminer, sur dix, à combien je veux être et comment je vais le faire. Je décris ce que je vais faire à l’approche de la rencontre pour être dans un état optimal de concentration et de préparation pour aborder ce match : est-ce que je vais tenter beaucoup de choses pour briller ou au contraire, il va falloir que je joue le plus juste possible pour commettre le moins d’erreurs possible. Le but c’est de préparer le match de la manière la plus carrée possible pour n’avoir qu’à gérer l’imprévisible, comme, par exemple, l’adversaire qui a un plan de jeu différent de celui étudié toute la semaine. » Cette autonomie dans la préparation est le résultat du travail effectué depuis trois ans maintenant.

« On se voit une fois par mois environ, pas tous les deux jours. Ça serait chaud, en rigole l’international français (une cape). Je ne fais pas des exercices au quotidien. Il ne faut pas penser non plus que j’écris pendant une demi-heure chaque jour (rires). C’est plus un état d’esprit général. Par exemple, quand je suis blessé ou que quelque chose ne se passe pas comme prévu, on ne remet pas tout en cause. » Anthony Mette ajoute que la fréquence dépend aussi du sport. Pour ceux qui pratiquent une discipline individuelle, les appels peuvent être quotidiens. « Il y a également deux profils de joueurs : ceux qui veulent de la magie et ceux qui veulent progresser, poursuit-il. Les premiers veulent du bling-bling, quelque chose qui va fonctionner pour leur match du samedi, le reste, ils s’en moquent. Romain, lui, est plus dans la progression, la compréhension du mécanisme. Je me retrouve à inventer de nouvelles choses. C’est typique des sportifs de ce niveau-là. Mentalement, leur amélioration est sans limite ! Le but reste de rendre les gars indépendants dans leur progression et leur stratégie mentale. Mais, au niveau où il évolue sportivement, il y a quand même toujours quelque chose à peaufiner dans sa préparation mentale, donc nous sommes toujours en lien. »

Un manque du suivi après le Mondial 2023

Si Romain Buros travaille avec Anthony Mette, il voit aussi Mickaël Campo, responsable de la préparation mentale des équipes de France, quand il monte à Marcoussis. « Cela reste intéressant car c’est complètement différent du travail avec un préparateur mental que l’on voit de manière individuelle et de manière récurrente. Là, l’objectif est de préparer le groupe mentalement plus qu’individuellement. Ils appellent ça la « récupération émotionnelle ». C’est plus pour se décharger de ce que l’on peut avoir à titre individuel, mais c’est plus un travail collectif », détaille le natif des Landes. Anthony Mette voit aussi cela d’un bon œil, mentionnant que les All Blacks ont mis cela en place depuis dix ans. Il estime cependant qu’avoir un préparateur mental seulement au niveau d’un club ou d’une sélection n’est pas suffisant car suivre de manière approfondie 40 éléments n’est pas possible.

L’occasion est bonne pour amener la discussion sur la période post-Mondial 2023 mal vécue par de nombreux internationaux tricolores. « Tu fais un événement aussi important, à domicile, avec la pression des médias etc. C’est tellement gros que, forcément, tu vas avoir une descente, presque un état de dépression après. C’est pareil pour énormément d’athlètes ayant participé aux Jeux Olympiques. Tu passes d’une starification pendant quinze jours où tu reçois plein de messages, les médias et les sponsors t’appellent à, d’un coup, plus rien. Nous, notre travail, c’est d’anticiper cette chute, retrouver une motivation. Je ne sais pas si la fédération et les clubs ont réalisé des suivis. Il y a la pression des clubs et des sponsors qui payent mais il faut couper minimum quinze jours après ce genre de désillusion. Comme les joueurs de l’UBB ont pu le faire après la finale de Top 14 car c’était la fin de la saison : il fallait juste bronzer, lire des bouquins voire boire un coup avec ses amis. »

Loin du niveau international, certains clubs de football ont des préparateurs mentaux qui interviennent dans les centres de formation, comme à Lille. Anthony Mette a, par le passé, exercé avec celui de l’UBB. Il estime que, sur une équipe de jeunes, il vaut mieux cibler quelques éléments prêts à faire ce travail. Mais, qu’en revanche « en dehors du sport, tous les élèves au collège et au lycée seraient bien moins stressés avec une préparation mentale. » Romain Buros confirme : « Je me suis rendu compte que cela apprend à plus se connaître soi-même. Tu trouves des solutions et des clés à pas mal de choses aussi dans la vie de tous les jours. » En même temps, après en avoir trouvé pour battre les All Blacks 30-29 en novembre dernier, tout paraît plus simple ensuite…

Source Rugbyrama

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