
Si les Toulousains se sont avérés moins en verve qu’à leur habitude dans l’animation du jeu lors de leur huitième de finale, c’est moins en raison des approximations de Paul Graou que de principes collectifs moins bien respectés, comme si chacun cherchait à compenser l’absence du boss. Un problème d’attitudes plus que de système, donc, qu’il s’agira de corriger à Mayol…
C’est peu dire que les attentes du grand public étaient élevées, en ce qui concernait la réception de Sale par le Stade toulousain. Un peu trop ? Sans doute, à en écouter le légitime agacement d’Ugo Mola lorsqu’il fut invité à réagir aux difficultés rencontrées par son équipe. « Les matchs durent 80 minutes. Ils se construisent, ils se bâtissent. Il faut arrêter de croire que Toulouse va mettre 70 points à chaque match. Ce sont les matchs de Super Rugby qui se décantent au bout de 10 minutes. En Coupe d’Europe, ça n’existe pas. »
Fin de l’histoire ? Évidemment pas. On ne fera l’affront à personne de rappeler que ce huitième de finale était le premier match éliminatoire disputé depuis des années par le Stade toulousain en l’absence d’Antoine Dupont. De quoi faire peser sur les épaules de son remplaçant Paul Graou une pression démesurée ? Sans doute, même si l’on a bien conscience que ce genre d’article y participe aussi… C’est ainsi que les approximations du demi de mêlée toulousain ont été disséquées, décortiquées, et unanimement considérées comme la principale raison des difficultés toulousaines, ce dernier se voyant même reprocher par certains d’avoir trop voulu « faire du Dupont »…
Des ballons trop vite reculés dans le dos
Mais la réalité ? Elle est probablement toute inverse. À savoir que, comme conscients du « vide » laissé par Dupont, ses partenaires sont trop souvent sortis de leur rôle traditionnel, s’écartant à la fois des systèmes et de leurs attributions. « On a passé quand même pas mal de temps à jouer un peu trop devant la défense, à ne pas forcément trouver toujours les bonnes solutions et les bons choix », soulignait Mola. En cause, entre les lignes ? Très probablement ses meneurs de jeu Romain Ntamack et Thomas Ramos, à qui leur manager a pu reprocher d’avoir appelé les ballons beaucoup plus tôt que d’habitude, sans passer par le travail préparatoire de leurs avants habituellement articulé autour du demi de mêlée. « Alors que les joueurs en tête de cellule des Toulousains ont d’habitude tendance à faire jouer à leur hauteur sur les quatre premiers temps de jeu, ils ont fait reculer le ballon dans leur dos beaucoup plus tôt que d’habitude sur leurs trois-quarts, nous faisait remarquer en off un entraîneur du Top 14. Cela a facilité la défense des Sharks, car là où les Toulousains sont vraiment redoutables, c’est lorsqu’ils ont été mis dans l’avancée au préalable par leurs avants, lorsque ceux-ci parviennent à enchaîner debout. » Des schémas que les Toulousains ont d’ailleurs beaucoup mieux appliqués lors du second acte, avec un score sans appel de 28-0 à la clé lors des quarante dernières minutes. Comme la preuve que, même sans Dupont et avec un Graou pas dans son meilleur jour, les principes de jeu du Stade toulousain peuvent fonctionner, à condition de les respecter…
Graou ne doit plus se poser de questions
On touche ici, pour tout dire, au deuxième étage de la fusée. Certes, Paul Graou n’est pas Antoine Dupont, dans le sens où il est logiquement moins surveillé par ses adversaires, ce qui permet à ces derniers de monter de manière plus agressive et moins concentrée sur les bordures. Toutefois, au niveau des avants, les forces toulousaines demeurent, avec de gros porteurs comme les Meafou, Marchand et autres Willis susceptibles d’être parfaitement servis par les manieurs de ballon hors-pair que demeurent les Roumat et autres Baille, sans oublier Mauvaka qui effectuera son retour contre Toulon. Des atouts si immenses qu’il paraît stupide de les « snober » en transférant directement le ballon dans leur dos, comme cela fut trop souvent le cas face aux Sharks…
Voilà pourquoi, face à Toulon, on ne peut que s’attendre à ce que les toulousains privés de Dupont jouent plus que jamais comme ils en ont l’habitude avec lui. D’abord parce que Paul Graou, une fois les émotions digérées de sa grande première au Stadium, devrait savoir tirer les leçons de sa titularisation, et gommer les scories largement imputables au stress et à la volonté de trop bien faire. Et deuxièmement parce qu’en l’absence de leur incontestable meneur, les Toulousains ont payé pour comprendre que ce ne sont pas les initiatives individuelles qui combleront le mieux son absence, mais bien le respect le plus strict des principes de jeu collectif…
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Source Rugbyrama
