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Exclusif. « Je devais prouver que je n’étais pas fini » : Alldritt se confie longuement

Dans la foulée d’un Tournoi des 6 Nations accompli et d’un retour en club éprouvant, Grégory Alldritt a pris un moment, sur sa semaine de congé, pour faire le tour de ses sujets d’actualité. Tout y passe : la victoire finale avec les Bleus, son retour en forme, ses futurs objectifs, la situation de son club. Autant de thèmes forts abordés avec détermination et franchise.

Peut-on d’abord revenir sur la scène où vous levez le trophée du Tournoi des 6 Nations avec Antoine Dupont : cette image, belle au demeurant, doit avoir beaucoup de valeur à vos yeux ?

L’image est belle, certes, mais elle l’aurait été encore plus si Antoine avait joué. C’était on ne peut plus normal qu’il soit présent. Ça me tenait à cœur. Au-delà d’être un ami depuis très longtemps, c’est un modèle de compétiteur, un joueur qui veut tout gagner et je sais à quel point ça lui a fait mal de ne pas pouvoir disputer cette dernière rencontre. C’était notre contribution pour lui, la moindre des choses qu’on pouvait faire.

Quelles émotions vous ont traversé à cet instant-là ?

C’était avant tout une grande satisfaction. J’ai l’impression que cette victoire finale a été perçue comme relevant de la normalité, qu’il y avait presque de la déception autour de nous du fait qu’il n’y ait pas de grand chelem. Alors que si vous regardez les résultats des quinze dernières années, vous vous rendez compte que cela fait partie des grands moments du rugby français. Nous les premiers, on ne veut pas s’arrêter à ça. Mais c’est une fierté d’avoir ajouté ce trophée sur l’étagère.

Gregory Alldritt a soulevé le trophée du Tournoi des 6 Nations avec Antoine Dupont
Gregory Alldritt a soulevé le trophée du Tournoi des 6 Nations avec Antoine Dupont
Icon Sport – Hugo Pfeiffer

De l’extérieur, on avait le sentiment qu’il y avait presque plus de soulagement que d’euphorie. Vous confirmez ?

Je dirais qu’il y avait autant de soulagement que de joie parce que, comme vous le savez, nous avons souvent terminé deuxièmes. On s’est enfin payés de tous nos efforts et de nos progrès en remportant un nouveau Tournoi.

Le tournant de ce sacre a sans doute eu lieu en Irlande, après la blessure d’Antoine Dupont. On a l’impression que ce qui aurait pu précipiter votre perte vous a rendu plus forts…

Ça fait désormais six ans qu’on travaille, avec le staff, pour être en mesure de s’adapter à tout ce qui peut nous arriver au cours d’un match, que ce soit mentalement ou rugbystiquement. Ce qu’il faut saluer, c’est la réaction du groupe, évidemment, mais aussi le comportement de Max Lucu qui a livré une prestation énorme en faisant preuve d’une grande force mentale.

Est-ce cette rencontre que vous retiendrez comme le moment le plus fort de la campagne ?

Je dirais plutôt le match en Angleterre et ce qui l’a suivi. Après la défaite, on aurait pu remettre beaucoup de choses en question, avoir la tête au fond du seau… L’équipe a vraiment bien relevé le défi qui se présentait à elle. Elle a gardé confiance en son rugby qui, si l’on regarde le match à Twickenham, fonctionnait bien. Le discours a été positif, il a juste fallu mettre l’accent sur la concentration. Tout ce qui s’est passé ensuite nous a donné raison : en Italie, c’était presque parfait ; pareil en Irlande. À l’arrivée, l’objectif que l’on s’était fixé avant la compétition a été atteint : nous voulions avoir notre destin en mains sur le dernier match.

Ce 6 Nations restera aussi marqué par le passage au 7-1. Avez-vous été étonné lorsque la chose vous a été annoncée ?

Je n’ai pas été tant surpris que ça, car ça a été bien expliqué. Je savais que c’était presque un « 6-2 » dans les faits avec Oscar (Jegou) qui est tout à fait capable de jouer au centre, comme il l’a démontré. Ça aussi, ce n’était pas une surprise sur le plan personnel : c’est quelqu’un qui donne tout quand il est sur le terrain et il est rapide, il aime les espaces, il a de bonnes mains…. Souvent, les joueurs sont catalogués d’une certaine manière mais nous avons la chance d’avoir des éléments qui sont extrêmement polyvalents. C’est parce que nous avons toutes ces qualités, tous ces talents qu’on pouvait se permettre le « 7-1 ».

Partagez-vous le point de vue de Fabien Galthié et de Romain Ntamack qui ont, entre autres, affirmé que ce XV de France était plus fort que celui de 2023 ?

Je le pense aussi. C’est une très bonne chose. Mais j’espère surtout qu’il est moins bon que le XV de France de 2026 et celui de 2027. C’est cet objectif que l’on doit poursuivre d’ici à la prochaine Coupe du monde : s’améliorer constamment. Si un jour le XV de France ne progresse plus, il faudra penser à renouveler quelque chose.

Après une année 2024 contrastée, vous avez collectivement repris votre progression…

Est-ce que 2025 aurait aussi bien commencé si 2024 avait été plus réussie ? On ne sait pas… 2024 a été très compliquée, la Coupe du monde a été très dure à digérer. Peut-être que tout ça nous a permis de nous resserrer, de travailler encore plus, aussi de remettre un peu les pieds sur terre et, à un moment donné, de pouvoir rebâtir sur de nouvelles bases. Était-ce une étape obligatoire ? On ne saura jamais… Parfois, plutôt que de tourner une page, voire de l’effacer, il faut la regarder et prendre le temps de comprendre pourquoi les choses se sont passées ainsi avant de repartir.

Ça vaut pour vous aussi. Après la tournée de novembre, vous aviez fait part de votre détermination à revenir à votre véritable niveau. La promesse a été tenue.

C’est satisfaisant de voir que le travail a payé et que ça a marché. La confiance des entraîneurs, aussi, a été importante. Que ce soit à La Rochelle ou en équipe de France, j’ai senti une grande confiance envers moi. J’y suis sensible. Certes, les coachs avaient préféré aligner d’autres joueurs pour le match de l’Argentine, ce que j’avais compris après en avoir parlé avec eux, mais ce sont eux aussi qui m’ont choisi pour commencer le Tournoi. C’était un signal fort. Je les en remercie mais je ne me contente pas de ça. Je pense que je peux encore m’améliorer. Je dois travailler encore plus.

Ceci dit, on ne vous a jamais entendu être pleinement satisfait de vos performances.

Si un jour, je n’ai plus la volonté de progresser, ce sera le début de la fin. Il faudra alors que je songe à arrêter (sourire).

Votre âme de compétiteur avait-elle été piquée ?

Bien sûr que j’ai été piqué. Mais c’est ce qui fait du bien et ce qui fait redescendre, aussi. Après la tournée de novembre, j’ai pris ma semaine de vacances, je me suis aéré l’esprit. À mon retour au club, j’étais encore plus motivé qu’avant. Le fait de ne pas être retenu pour ce dernier test-match a comme mis un point final à toute cette période. Je me suis alors dit : “C’est un nouveau chapitre qui débute, il faut que tu te bouges et que tu prouves que tu n’es pas fini.” C’était un challenge différent qui se présentait à moi. J’avais peut-être besoin de ça, d’être confronté à un nouveau défi. Je l’avais trouvé, pour le coup.

Pour vous qui aimez croire au destin, la symbolique de vous retrouver capitaine face à l’Écosse, ce pays qui vous est cher, pour la “finale” du Tournoi, a-t-elle eu une résonance ?

Sans plus. Être capitaine, déjà, était anecdotique, encore plus dans de telles conditions. Je ne suis pas quelqu’un qui court après le capitanat. Mon rêve n’était pas d’être capitaine face à l’Écosse, c’était de gagner le match face à l’Écosse pour soulever le trophée. C’est arrivé et j’en suis très content. Maintenant, je ne vais pas passer des mois à regarder les photos du sacre. La beauté du rugby est qu’il y a une nouvelle échéance à relever chaque week-end. Il faut toujours regarder devant.

En parlant d’échéance, dans quelle mesure êtes-vous intéressé par une participation à la tournée en Nouvelle-Zélande cet été ?

Déjà, ce n’est pas moi qui me sélectionne ou non en équipe de France. Depuis six ans, les décisions ont toujours été prises avec intelligence et après concertation. En l’occurrence, la discussion n’a pas encore eu lieu, c’est trop tôt. Après, si je suis sélectionné pour la Nouvelle-Zélande, je serai, comme toujours, ravi de représenter la France. Mais quand on s’engage à porter le maillot bleu, il faut être à 100 % et être prêt à mettre toute son énergie sur le terrain. Je fais confiance à Fabien pour retenir les joueurs à même de performer cet été.

C’est à nous de nous bouger le cul

Vous n’avez jamais connu de tournée dans l’hémisphère sud. Est-ce un manque, en quelque sorte ?

Jouer dans l’hémisphère sud est quelque chose que je veux absolument connaître dans ma vie : ça doit être tellement spécial. Mon objectif premier est d’y être en 2027, en Australie… Peut-être que ça arrivera avant…

Le sujet « Coupe du monde » revient de plus en plus dans les prises de parole, depuis la fin du Tournoi. On sent que le basculement s’opère, à deux ans de l’échéance…

C’est présent dans les esprits. C’est mon grand but, d’être à cette Coupe du monde, d’autant que j’aimerais prendre une revanche personnelle. Ce qu’on a vécu en 2023, il n’y a qu’une seule façon de l’effacer : faire mieux en 2027. Gagner le Tournoi, c’est magnifique, mais ce n’est pas la même compétition et ça ne peut pas tout gommer. J’ai envie d’être en 2027. Si je venais à être sélectionné, je pense qu’on aura, tous ensemble, l’envie de prendre une revanche sur nous-mêmes.

Les deux années à venir vont être précieuses pour progresser rugbystiquement mais surtout mentalement. C’est déterminant dans les rencontres couperet…

C’est une des clés de la réussite. Le fait que le groupe prenne en maturité va nous aider. Savoir gagner des titres et des matchs importants fait partie des progressions de l’équipe depuis 2023. Pour décrocher la Coupe du monde, il faudra atteindre un très haut niveau, dans le jeu comme sur le plan mental. Je pense qu’on en est capables. Sur le papier, que ce soit au niveau des joueurs, de la stratégie, nous avons tout pour remporter de grandes compétitions. Si on est dans nos standards, on est une équipe très dure à battre, on le sait. L’enjeu est désormais de parvenir à réunir tous les ingrédients à chaque rencontre. Tout ça, on y pense dans un coin de sa tête mais avec toutes les échéances à assumer, on n’a pas le temps de s’éterniser dessus.

Depuis une semaine, vous avez changé d’univers et de dynamique en revenant à La Rochelle. On imagine que le retour n’a pas été simple…

Ce n’était pas simple pour eux, surtout. Les gars ont passé des mois compliqués et, personnellement, je n’ai pas toujours bien dormi après les matchs. Pour notre retour, on a essayé d’apporter un peu d’énergie, de légèreté. Malheureusement, ça n’a pas suffi avec ce match nul contre Castres (12-12)…

Certains de vos partenaires parlaient dernièrement de retrouver l’ADN du Stade rochelais. Qu’en est-il aujourd’hui ?

Dans les valeurs du club, il y a le mot « résilience ». Cela prend tout son sens en ce moment. On est conscients de ce qui ne va pas. Personne ne se voile la face : on n’est plus la même équipe qu’auparavant et nous avons des difficultés à mettre notre rugby en place, à le retrouver. Mais je vous garantis qu’on se bat très dur, qu’on travaille très dur. Je suis convaincu que ce moment sera bénéfique pour l’équipe, le club et la ville à terme. On en sortira plus forts. En attendant, c’est à nous de nous bouger le cul pour que le déclic arrive et rapidement. C’est un sacré défi.

Les hommes en place ont-ils les ressources suffisantes pour le relever ?

J’admire la position du club à ce sujet. Dans de tels moments, la facilité serait de changer les joueurs, le staff, tout ce qu’il y a, en espérant que tout se résolve… On a décidé de se battre et de traverser cette épreuve ensemble. Nous sommes dans cette philosophie-là. Il nous faut maintenant une petite victoire, un point de plus pour que ça bascule. Petit à petit, nous retrouverons du plaisir et nous en redonnerons aux supporters. On veut qu’ils soient fiers de nous. Nous tenons à leur montrer que nous sommes les mêmes joueurs que ceux qui les ont fait rêver, que nous ne sommes pas devenus des fainéants ou des bons à rien. Qu’ils continuent à croire en nous, parce qu’on on va leur rendre.

Une de vos forces historiques était la défense. Or, vous encaissez cinq points de plus par match que l’an passé. On imagine que cette statistique est douloureuse…

C’est un de nos focus : il est crucial de retrouver cette défense dure à franchir. Ça fait partie des points de progression mais, si vous regardez les derniers matchs, vous pouvez trouver des points de progression partout, dans tous les secteurs de jeu. C’est ce qui rend la chose compliquée. Il faut réduire le focus et se concentrer sur ce qui a fait nos forces.

Vous avez l’air personnellement marqué par cette situation. Pour vous qui avez connu de si belles périodes à La Rochelle, ce doit être éprouvant…

C’est challengeant, mentalement. Dans la vie de tout club de haut niveau, il y a des hauts et des bas. L’important est de ne pas lâcher quand on est dans le dur. Je suis persuadé que ça va repartir car il y a des personnes compétentes à tous les niveaux de ce club, des gens qui ne se mentent pas et sont prêts à tout donner. Je veux croire que le bout du tunnel n’est pas loin.

Il faudra quoi qu’il en soit un sacré rebond de votre part, pour remporter le sprint dans la course au top 6…

Ça va être un sprint, effectivement. Mais je ne sais même pas s’il faut parler de qualification. Il faut juste qu’on se remette à jouer au rugby. Il faut qu’on aille sur le terrain pour jouer, prendre du plaisir et en donner à ceux qui nous suivent. Nous devons nous libérer de cette peur de l’échec ou de je ne sais quoi. Si on fait ça, je pense que l’équipe sera dans les clous à la fin de la saison.

[…]

Source Rugbyrama

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