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Exclusif. « Quand tu perds deux ans, tu cogites » confie Jean-Baptiste Gros

Nommé dans l’équipe type du Tournoi des 6 Nations 2025, le gaucher du RCT s’épanche rarement dans les médias. Discret, travailleur, l’Arlésien d’origine n’a pas toujours connu la période faste dont il jouit actuellement. Il se livre aussi sur ses ambitions avec le RCT.

Vainqueur du Tournoi des 6 Nations en tant que titulaire avec le XV de France, en pleine forme avec Toulon… Quelle est la recette de ce bonheur ?

Je crois que c’est assez simple : cela faisait deux ans que je ne jouais pas. Des bouts de saison, un match par-ci par-là, je revenais puis j’enchaînais blessure sur blessure. Des petits pépins, des blessures plus sérieuses, encore des petits pépins. Je n’arrivais pas vraiment à trouver de rythme. Je me suis posé beaucoup de questions. Ma forme actuelle vient de là, l’envie de rejouer, d’enchaîner les matchs, surtout, et de prendre du plaisir en jouant au rugby. Une carrière, c’est tellement court que si je ne prends pas de plaisir maintenant, je ne sais pas si j’en prendrai plus tard.

C’est-à-dire ?

Quand ça fait deux ans que tu es enfermé chez toi, que tu fais des allers-retours entre la préparation physique, un peu de matchs de temps en temps et être à la maison tous les week-ends à regarder la télé, à force, tu te poses des questions. Tu te dis : « Est-ce que je ne perds pas mon temps ? Est-ce que ça va passer ? » Cela fait deux ans que je dois faire des saisons à quinze matchs maximum, ça m’a beaucoup travaillé. Ça m’a permis de réfléchir et de me concentrer sur ce que je voulais vraiment. J’étais conscient qu’il fallait faire des efforts sur certaines choses. Travailler davantage, être plus sérieux, plus concentré sur le rugby.

Vous êtes-vous dispersé, à un moment ?

Je n’ai peut-être pas fait les efforts par le passé, c’est vrai. Je pensais que ça allait se faire naturellement. J’ai toujours eu cette capacité à rester en forme sans faire trop d’efforts mais en enchaînant les blessures, j’ai remarqué qu’il devenait difficile de se maintenir à un bon niveau quand on ne joue pas. Après un match, c’est facile de se lâcher un peu, de manger un peu plus, d’aller boire un coup avec les copains. Tous ces changements de vie sont peut-être en train de payer. Après, il y a encore du boulot. (Il marque une longue pause). Pour être sincère, je ne me voyais pas passer à côté de quelque chose pour des bêtises de gamins. Quand tu perds deux ans, tu cogites beaucoup.

Au Campus du RCT, "Jibé" s'est confié avant d'affronter les Saracens à Mayol en 8e de finale de Champions Cup
Au Campus du RCT, « Jibé » s’est confié avant d’affronter les Saracens à Mayol en 8e de finale de Champions Cup
Midi Olympique – Patrick Derewiany

Avez-vous eu peur de stagner ?

Quand tu enchaînes beaucoup de matchs et d’un coup, tu as l’impression que tu moulines un peu, que ça n’avance plus, c’est une sensation étrange. Pour un pilier, j’ai beaucoup joué dès mes 20 ans et là, je tournais un peu en rond. Ça m’a permis de réfléchir. C’est peut-être un mal pour un bien. Je crois avoir avancé. Même si j’avais déjà été prévenu par le passé, ça me sert de leçon. Je suis jeune, j’apprends, on est là pour ça. Dans la vie, on ne sait pas tout. Parfois, les erreurs permettent d’avancer.

C’est une belle preuve de courage que de reconnaître vos failles…

Il y a des choses qui font réfléchir, vous savez. Je suis complètement passé à côté de la Coupe du monde en France, je le sais. Je n’étais pas au niveau. Je ne dirais pas que je m’en veux mais je trouve ça bête. Maintenant, comme je l’ai dit, ce sont des erreurs de jeunesse, sans doute, mais ça me permet d’avancer. Je ne remets pas tout en question.

Votre santé mentale en a-t-elle été affectée ?

Je pense mais sur le coup, tu ne t’en rends pas compte, tu penses que ça va aller. Tu n’as pas conscience que ça ne va pas forcément mais après coup, tu te dis que ça n’allait vraiment pas. Le fait de me concentrer à fond sur le rugby, de me fixer des objectifs, ça m’a permis d’avancer.

On savait que l’Italie, ce serait dur. Que nous, Français, sommes capables de passer à côté de ce genre de match

Êtes-vous heureux désormais ?

J’ai toujours été heureux… (il réfléchit un long moment). Non, je crois que j’ai toujours été heureux même si c’était dur, parfois. J’essaye de vivre et d’être heureux dans tout ce que je fais.

Sur le bonheur toujours, quel a été pour vous le meilleur moment de ce Tournoi des 6 Nations ?

Difficile de ne pas dire l’Irlande ! C’était vraiment incroyable. Mais le moment qui m’a marqué, c’est lorsque je me suis dit qu’il nous restait un match à jouer et qu’on pouvait remporter le Tournoi. Je me souviens de notre discussion après l’Angleterre, on s’était dit qu’on n’allait rien lâcher, que ce n’était pas fini et qu’il nous restait des matchs pour aller chercher ce titre. On savait que l’Italie, ce serait dur. Que nous, Français, sommes capables de passer à côté de ce genre de match. Nous les avons pris au sérieux.

Entre la tournée d’automne et le Tournoi, vous semblez connaître une certaine stabilité au poste de pilier gauche. Avez-vous eu l’impression de briser ce plafond de verre que représentait votre concurrence avec Cyril Baille ?

Quand j’ai commencé à enchaîner avec le groupe, c’était très clair : j’étais remplaçant. Je le comprenais et je m’entends très bien avec Cyril. Je bossais pour l’équipe, je ne me posais pas de questions sur moi et je faisais ma route. Le principal était de gagner des matchs. Mais bon, c’est tellement plaisant de commencer un match en étant titulaire ! Ça reste toujours l’objectif. Même si on se rend compte qu’un banc, c’est aussi très important dans une équipe. On l’a encore vu sur les trois derniers matchs du Tournoi.

Justement, ce banc aménagé en 7-1 par Fabien Galthié a-t-il changé quelque chose dans l’approche de vos matchs ?

Sans doute, inconsciemment. Maintenant, on n’a plus l’excuse d’être fatigués (rires). Quand Fabien te dit à la mi-temps qu’il te reste moins de dix minutes à jouer, tu les fais à fond. Il nous demande de nous envoyer à fond pendant quarante-huit ou cinquante minutes, sans se poser trop de questions. Peut-être que ça nous libère un peu. Comme il l’a dit, c’est l’objectif d’avoir un banc qui termine fort. Pour cette fois, ça a payé, on verra par la suite. Il faut croire en notre système, en nos décisions.

Romain Ntamack a d’ores et déjà fait part de sa volonté de jouer la tournée en Nouvelle-Zélande cet été, Grégory Alldritt a lui aussi ouvert la porte. Quelle est votre position ?

Si j’ai le choix, j’aimerais évidemment en être ! Ça semble incroyable comme expérience et c’est quand même le pays du rugby. Mais ce n’est pas moi qui vais prendre la décision. Comme l’a dit le staff, tout dépendra de notre forme à la fin de la saison. Personnellement, je ne ferme la porte à rien. Tout ce que je veux, c’est jouer, jouer, jouer. Que ce soit ici ou en Nouvelle-Zélande, j’ai envie de jouer.

Quand tu commences à rentrer dans des phases finales, de manière générale, à Toulon, c’est particulier. Les gens deviennent complètement fous, c’est génial.

Face à Perpignan, vous avez connu votre 100e match sous le maillot du RCT. Cela représente-t-il quelque chose de particulier pour vous ?

Ah oui ! Ça faisait un moment que je rêvais de les atteindre. Tout ce que je voulais, c’était que ça arrive enfin. C’est un vrai soulagement parce que depuis le temps qu’on m’en parlait, j’avais l’impression d’avoir un peu le karma contre moi. À chaque fois, il y avait toujours quelque chose : des galères, des blessures. Même là, depuis le début de la saison, on me disait « dans deux matchs, tu vas être centurion ». Il y a eu un carton rouge, puis une blessure, et enfin l’équipe de France. Mais c’est arrivé et c’était un moment fabuleux. Je n’étais pas forcément à l’aise mais entrer seul et en premier sur le terrain à Mayol, c’était très fort. Le résultat a suivi donc tout était parfait.

Parmi ces cent matchs, si vous ne deviez en conserver qu’un seul ?

La demi-finale de Challenge Cup contre les Saracens (14 mai 2022, N.D.L.R.). L’arrivée à Mayol, l’ambiance qu’il y avait autour du stade, les supporters, la ferveur… Cette atmosphère me restera longtemps en tête, c’est le moment qui m’a le plus marqué depuis que je suis ici. Quand tu commences à rentrer dans des phases finales, de manière générale, à Toulon, c’est particulier. Les gens deviennent complètement fous, c’est génial. Si tu ne le vois pas de tes yeux, c’est difficile à croire. Ces supporters sont incroyables. Des fois, on a la sensation qu’ils sont un peu durs mais ils méritent d’avoir une grosse équipe. Cette ville mérite d’avoir un club fort. Face à Perpignan, sous la pluie, il y avait deux tribunes remplies. à la fin, ils étaient encore là, complètement trempés. Ce sont des choses qui nous marquent, nous, joueurs.

Face à ces mêmes Saracens, à Mayol, vous allez lancer vos phases finales 2025. Est-ce une sorte de deuxième saison qui démarre pour vous ?

Cette saison, il y a quelque chose de différent, de nouveau qui se passe. Nous avons vécu une phase finale l’an passé aussi mais nous sommes un peu passés à côté en Top 14… En Coupe d’Europe cette saison, on a plutôt bien débuté jusqu’ici. À la maison, le public va nous apporter quelque chose de plus. L’intensité de la compétition va être un cran au-dessus de ce qu’on aura vu depuis le début de la saison. On a des ambitions mais on reste à notre place. Nous avons encore beaucoup de choses à travailler.

La saison sera-t-elle manquée s’il n’y a pas de titre au bout ?

À partir du moment où tu joues des phases finales, je pense que ton objectif, c’est d’avoir un titre. Pour toutes les équipes, pas que nous. Après, dire que la saison sera mauvaise en cas d’absence de titre, je ne sais pas, il faudra voir comment ça se passe. J’ai envie de gagner un nouveau titre avec Toulon. Si c’est cette année, tant mieux. Sinon, on continuera à travailler.

Esteban Abadie disait récemment que vous aviez désormais pleinement absorbé le projet de jeu de Pierre Mignoni. Partagez-vous cela ?

Nous sommes sûrement meilleurs que l’an dernier, oui. On a fait des ajustements sur pas mal de choses. Nous avons beaucoup discuté, beaucoup travaillé. Tout n’est pas encore parfait. Le jeu proposé ne sera pas parfait et un système, ça ne fait pas tout mais une chose est sûre : si on va tous dans le même sens et que nous sommes tous déterminés pour la même chose, il n’y a pas de raison que ça ne le fasse pas.

[…]

Source Rugbyrama

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