
Depuis qu’il est sélectionneur du XV de France, Fabien Galthié a pris l’habitude de se priver de ses joueurs majeurs pour les tournées d’été. Seulement, depuis que plusieurs d’entre-eux ont fait part de leur volonté de s’envoler en Nouvelle-Zélande en juillet prochain, le patron des Bleus réfléchit à faire évoluer sa méthode. Des discussions entre la FFR et la LNR débutent cette semaine.
Emmanuel Meafou, 145 kg pour 203 centimètres, pèse de tout son poids au sein du pack tricolore. Sportivement, son influence est considérable. Mais quid de ses prises de position ? La question se pose. Dans la droite lignée de Romain Ntamack à la sortie du Tournoi des 6 Nations ou encore de Grégory Alldritt, le Toulousain a décidé de prendre la parole lui aussi pour déclarer sa candidature à la tournée d’été du XV de France en Nouvelle-Zélande (lire ci-contre), quand bien même les principaux joueurs – ceux dits « premium » – ont été dispensés des dernières tournées estivales (Australie 2021, Japon 2022 et Argentine 2024) pour alléger leur calendrier surchargé. Une décision inscrite dans le marbre et formalisée par un accord entre les clubs et la Fédération. L’avenant d’octobre 2024 de cette convention entre la LNR et la FFR précise surtout que pour les matchs de l’été 2025 et 2026, « les finalistes du Top 14 ne seront pas sélectionnés pour ces périodes internationales ». Un crève-cœur, visiblement, pour les joueurs, de plus en plus nombreux à le regretter.
Tant et si bien que le sujet s’invite de nouveau en haut lieu. Une première réunion – « la première d’une longue série », selon un des protagonistes – entre la FFR et la LNR est à l’agenda de cette semaine. Ce jeudi, Jérémie Lecha et Florent Lajat, respectivement directeur général et directeur général adjoint de la FFR et deux élus (Clotilde Delbos, trésorière, et Olivier Pouligny, vice-président), iront à la rencontre du directeur général de la LNR, Emmanuel Eschalier, accompagné de son secrétaire général Rémi Pallincourt, mais aussi des présidents du Stade toulousain et de l’UBB, Didier Lacroix et Laurent Marti. « On veut poser les dossiers sur la table », assure-t-on du côté fédéral. En clair, l’objet des discussions ne portera pas spécifiquement sur la mise à disposition des internationaux – potentiellement finalistes du Top 14 – pour s’envoler au pays au long nuage blanc. « Dans ce calendrier, il y a des dates à gagner pour permettre à nos meilleurs joueurs de participer à ces tournées, assure ce même élu. On doit trouver des solutions pour alléger le calendrier. Certaines dates n’ont aujourd’hui aucun intérêt alors que d’autres sont essentielles. » Et d’ajouter : « Se mettre en marge du rugby mondial en n’envoyant pas nos meilleurs joueurs dans l’hémisphère sud, c’est se mettre en danger. Souvenons-nous que la vitrine, c’est l’équipe de France. » Les compétitions européennes sont clairement visées.
La santé des joueurs, nœud du problème
Le sélectionneur des Bleus Fabien Galthié s’est exprimé à ce sujet à l’issue du Tournoi des 6 Nations. « Si on trouve un aménagement (avec les clubs, N.D.L.R.), on peut y réfléchir, avait-il confié dans les colonnes du Figaro, ne fermant aucune porte. Sinon, si c’est pour se dégrader physiquement, nous mettre en danger jusqu’à 2027, cela n’a aucun intérêt. » Dans l’intimité du vestiaire tricolore, il a peu ou prou tenu le même discours à ses joueurs après le succès final face à l’Écosse. En creux, il leur a dit : « On veut emmener la meilleure équipe possible en Nouvelle-Zélande, mais le critère numéro un reste votre santé. » Dans sa réflexion, le temps de jeu de chacun de ses joueurs est scruté. Tout autant que le résultat des discussions qui vont débuter. Galthié souhaite s’assurer de la mise en place et du respect de plages de récupération pour les joueurs qui s’envoleront en Nouvelle-Zélande. Désormais, il ne s’interdit rien, surtout pas de traiter au cas par cas, jusqu’à faire quelques exceptions à un principe qu’il a lui même mis en place. « World Rugby dit qu’un joueur ne doit pas dépasser six feuilles de match d’affilée avant d’être au repos, expliquait-il toujours dans les colonnes du Figaro.
On sait très bien que les joueurs « premiums » sont très sollicités après le Tournoi et jusqu’à la phase finale de Top 14. Par expérience, entre les cinq matchs du Tournoi, les quatre de la phase finale de Coupe d’Europe, les trois de celle du Top 14, les matchs de fin de saison pour se qualifier, on arrive à quinze matchs, parfois vingt. Auxquels il faut rajouter ceux avant le Tournoi ! Regardez : avant cette tournée de novembre (2024), certains joueurs parmi les 42 ont joué les huit premières journées de Top 14 ; certains ont même disputé un ou deux matchs amicaux en présaison alors que tout le monde avait validé certaines préconisations. Comment voulez-vous que je rajoute, pour ces garçons, un mois de compétition en juillet, trois matchs certes fabuleux mais d’une intensité maximale ? On se rapprocherait des quarante matchs, ce n’est pas possible. » Sauf si les discussions entre la FFR et les clubs venaient à déboucher sur un nouvel accord…
[…]
Source Rugbyrama
