
Opéré il y a un peu plus de deux semaines du genou droit, Antoine Dupont a débuté sa rééducation, qui va durer plusieurs mois. Laurent Arbo, préparateur physique, explique les étapes nécessaires avant un retour sur les terrains.
Certains diront, dans un langage familier : « Il ne s’est pas loupé« . Le 8 mars dernier, le genou droit d’Antoine Dupont a cédé : rupture du ligament croisé antérieur. Le ligament latéral interne et le ménisque interne ont également été touchés. Une très grave blessure. « C’est toujours embêtant quand le ménisque est atteint, explique Laurent Arbo, ancien rugbyman professionnel et aujourd’hui préparateur physique. Quand des joueurs ont les genoux qui gonflent même après leur reprise, c’est souvent un problème méniscal. Il faut vraiment en prendre soin et bien le guérir car c’est une partie du corps très importante pour un rugbyman. » Le capitaine du XV de France a été opéré le 24 mars à la clinique Médipole de Toulouse par le Docteur Vincent Pineau, le même chirurgien qui avait déjà opéré Romain Ntamack et Anthony Jelonch avant lui. Désormais, place à la rééducation.
Entretenir les muscles dans un premier temps
Il y a une chose à éviter après ce genre d’interventions : « Il ne faut pas qu’il y ait d’atrophie musculaire. » Vous conviendrez que chez Antoine Dupont, les muscles sont plutôt bien développés au niveau de ses jambes. Pour tenter de perdre le moins possible de puissance et de volume, quelques exercices sont nécessaires, cités par Laurent Arbo : « On y va doucement mais l’objectif est de réveiller petit à petit tout ce qui entoure le genou et permet l’extension et la flexion. On utilise par exemple l’électrostimulation. Ensuite, pour ce qui est de la contraction des muscles, il est important de ne pas la perdre donc on travaille aussi sur les neurotransmetteurs, pour que le cerveau comprenne qu’il faut faire bouger cette zone et ne pas la laisser sans mouvement pendant trop lontemps. »
Cette période, précoce dans la rééducation, est toutefois très importante pour la suite : « Si tout se passe bien, cela facilite les mois qui suivent. Ce sera une belle avancée avant le passage au renforcement de la jambe droite. Il en faut toujours car dès qu’une jambe d’un sportif professionnel est immobilisée pendant un petit peu de temps, ça perd en volume et en force. C’est tout à fait normal. »
Reprise de la course dans trois à quatre mois
Bien évidemment, on évoque ici un processus de rééducation « classique », sans complication. De ce fait, le chirurgien qui a opéré Dupont donnera le feu vert au demi de mêlée et capitaine du XV de France pour reprendre la course. Sans cet aval, l’homme fort du Stade toulousain devra ronger son frein.
Ensuite, là aussi, il faut y aller petit à petit : « La première étape est de reconditionner le joueur à la course. Il aura déjà fait quelques ateliers avec les kinés, où il aura travaillé les appuis ainsi que la mobilité de sa jambe. Par la suite, il lui faudra bosser les schémas moteur car ça fera 4 mois, peut-être cinq mois qu’il n’aura pas couru. Là aussi, c’est primordial. » La durée de ce passage varie selon les sportifs : « Surtout, il ne faut rien forcer et suivre le rythme du blessé, sauf cas exceptionnel bien sûr. Ça prendra le temps qu’il faudra », prévient Laurent Arbo, qui a coaché par le passé Antoine Dupont.
« Connaissant Antoine, il risque d’estimer que ça ne va pas assez vite »
Enfin, un dernier facteur est à ne pas négliger : la psychologie, et la confiance que doit reprendre le joueur en son membre blessé. « C’est la base. Le blessé doit retrouver de bonnes sensations avec son genou. C’est en partie pour cela que la personne qui l’accompagne doit être proche du joueur, l’écouter, le comprendre et le soutenir par moments. Des douleurs peuvent apparaître pendant des exercices. Il faut garder le moral, toujours. Connaissant Antoine, il risque par exemple d’estimer que ça ne va pas assez vite. Il va voir ses copains jouer tous les week-ends… C’est dans ces moments-là que l’entourage sera important. »
Avec une jambe renforcée et une confiance retrouvée, qu’est-ce qui empêche le rugbyman de rechausser les crampons ? Des ultimes objectifs sont à remplir. En tout cas, Laurent Arbo a sa méthode : « En fait, c’est assez simple: j’estime qu’un joueur est prêt à revenir sur un terrain quand, pendant 2 voire 3 semaines, il arrive à toucher sa vitesse maximale sans douleur, ni rien. Tu bosses avec les datas et tu analyses son explosivité, sa faculté à enchaîner les appuis et les courses. Si tous les voyants sont au vert, tu peux faire passer le mot au staff que c’est pour bientôt, qu’on voit le bout du tunnel. »
Entre 6 et 9 mois d’arrêt, selon les scénarios
Pour cette dernière étape, les fonctionnements peuvent être différents mais les buts sont les mêmes : faire des séances à haute intensité avec un genou qui répond bien, qui ne fait pas mal et qui encaisse les changements d’appuis.
À ce jour, il est impossible de dire avec exactitude combien de temps Antoine Dupont restera éloigné des terrains. Le capitaine des Bleus est plongé dans une réeducation qui s’annonce intensive. Si le protocole se déroule sans accro, cela prendra entre six et neuf mois. En 2018, lors de sa première opération au genou droit, le quadruple champion de France avant manqué neuf mois de compétition. En 2023, Anthony Jelonch avait réussi à revenir d’une grave blessure au genou gauche en six mois mais dans un tout autre contexte. Le troisième ligne avait accéléré sa rééducation pour jouer la Coupe du monde. Romain Ntamack était lui revenu après un peu plus de huit mois d’absence.
Quoi qu’il en soit, ses fans devront s’armer de patience avant de revoir le meilleur joueur du monde avec un ballon entre les doigts. Mais on a déjà hâte…
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Source Rugbyrama
