C’est après avoir rendu un vibrant hommage au jeune Nicolas Haddad que William Servat s’est adressé aux abonnés de Midi Olympique, réunis ce jeudi dans les locaux de la Dépêche du Midi. Avant de répondre, avec son habituelle bonhomie et son ton sans filtre, aux pertinentes questions de notre lectorat quant au récent succès des Bleus dans le Tournoi, « le premier depuis 2007 à être remporté une année impaire » ainsi que le rappelait « la Bûche »…
Comment analysez-vous ce Tournoi, avec une semaine de recul ?
Déjà, c’est toujours plus facile d’effectuer ce travail après une victoire (sourire). Il a été riche d’enseignements, en tout cas. Sans notre faux pas en Angleterre, on aurait peut-être eu une opportunité de grand chelem, mais peut-être aussi que le match en Irlande aurait été différent… La vérité, c’est que ce match contre l’Angleterre nous a vraiment permis de nous renforcer. Il ne nous a pas mis le doute, bien au contraire, il a appuyé nos certitudes sur la mise en place de notre jeu. Nous l’avons perdu, certes, parce qu’on a commis des fautes de main et connu trois rucks problématiques qui nous ont coûté le match. Ça aussi, ça a été aussi une belle leçon. Mais on ne doit pas non plus occulter que dans notre construction du jeu et dans tout ce que nous avons mis en place, tout s’était déroulé de la plus belle des manières.
On a beaucoup stigmatisé, ce jour-là, de grossières erreurs individuelles.
On ne peut pas en vouloir à un joueur qui commet un en-avant ou qui manque une dernière passe. Ce qui était important, c’est de voir la structure, ce qui avait été mis en place pour être en situation d’essai. ça, on y était arrivé. Les en-avant, c’est un peu léger de dire que ce n’est pas très grave, mais comparé au manque d’engagement que l’on a regretté sur les derniers rucks, ça n’était finalement pas grand-chose… Ce match nous a aussi donné une leçon sur l’engagement, l’implication et la nécessité de se remettre au service du collectif. Quand un seul et même joueur rate des plaquages, il est évident que c’est embêtant. Quand le joueur ne participe pas à deux rucks sur lesquels il était censé venir et que sur ces rucks-là, on perd le ballon, c’est aussi embêtant. Mais ça reste simplement sur un registre individuel et ça n’entre en aucun cas dans un registre collectif. Dans ce registre individuel – même si cela a beaucoup fait parler et a parfois été surinterprété – on a pris des décisions qui correspondaient à ce que l’on pensait être juste, par rapport à l’ensemble du groupe. Je le répète bien : à l’ensemble du groupe, parce que si ces décisions-là sont dures, elles ne remettent pas en question la confiance qu’on a en ces personnes-là. C’est un petit peu à l’image de l’éducation des enfants : parfois, on a besoin aussi de dire les choses et de corriger un petit peu les comportements. Il n’y a pas de secret : un garçon comme Damian Penaud a répondu présent sur les deux rencontres qui ont suivi.
Ce sport de combat collectif appartient à des hommes : quand leur engagement est total, il y a tellement de choses qui peuvent se produire…
N’y avait-il pas, malgré tout, une part de doute ou de colère après ce match ?
Oui et non, parce qu’en définitive, on était convaincus d’avoir fait ce qu’il fallait stratégiquement et sur la mise en place de notre système offensif. La colère, elle était liée au fait que nous avions failli sur les choses les plus simples. Je le répète, ce serait une hérésie et une stupidité d’en vouloir aux joueurs qui ont fait une faute de main, parce que ce sont eux les premiers malheureux. Quand on se trompe techniquement, on peut en discuter. Mais quand on manque d’engagement sur un ruck, alors que c’est la base de notre sport, il n’y a pas de discussion à avoir. Gagner à Twickenham, on n’en a pas l’occasion tous les deux ans… Mais je crois vraiment que ça nous a aidés à faire preuve d’encore plus d’abnégation et de caractère pour gagner ce match à l’Irlande.
Dans quel état d’esprit vous trouviez-vous, après l’Angleterre ?
Quand on perd un match, on n’a plus forcément les clés en main. Heureusement, alors que nous jouions le dimanche à Rome, les résultats du samedi ont fait que nous avons eu de nouveau notre destin en main, jusqu’à ce match contre l’Écosse qui correspondait à une finale. Et ça, c’était une chose magnifique à préparer. Quand on est compétiteur, on a besoin de vivre ces moments d’une intensité rare.
Le temps fort de ce Tournoi, c’est évidemment le succès de Dublin…
(il coupe) Avant de parler de l’Irlande, j’ai envie de parler de l’Italie. Il y a eu, après l’Angleterre, une volonté de remettre les choses à plat sur nos soutiens intérieurs et sur tout ce qui correspondait à ces phases de contact, de combat. Ce match en Italie nous a permis de nous redonner de la confiance dans ce secteur-là. Il nous a aussi permis d’expérimenter ce banc en 7-1, qui nous a permis d’avancer encore plus fort et de valoriser nos joueurs. On a donné un statut encore plus particulier à nos finisseurs qui ont su faire la différence, avant de refaire exactement faire la même chose en Irlande. Ce sport de combat collectif appartient à des hommes : quand leur engagement est total, il y a tellement de choses qui peuvent se produire…

Vous évoquiez le banc en 7-1 utilisé lors des trois derniers matchs. Qu’est-ce qui l’a motivé ?
Sur ce Tournoi, c’était quelque chose qui était en adéquation avec notre pensée, nos moyens et nos besoins. On a la chance d’avoir en France un réservoir plutôt large avec de grands joueurs, avec des joueurs combattants, des joueurs impactants, et on a su utiliser aussi leur puissance et leurs qualités. On en a aussi vu la part de risque en Irlande quand Antoine Dupont puis Pierre-Louis Barassi se sont blessés. Mais ces risques ont payé.
Qui a été à l’origine de ce choix ?
Après l’Angleterre, en rentrant dans l’Eurostar, on a fait notre petite réunion pour établir notre liste des 42, et se projeter sur le prochain match. C’est à ce moment que Fabien a émis l’idée de faire un 7-1. On était un peu surpris, mais malgré tout, j’ai trouvé l’idée géniale, car je suis depuis très longtemps un fervent défenseur du 6-2. Et je trouvais super l’idée d’insuffler un apport massif de puissance, d’autant qu’on a la chance de pouvoir compter sur de nombreux joueurs polyvalents. On connaît nos joueurs. Si certains en ont été surpris, on était persuadés qu’Oscar Jegou pouvait tout à fait postuler au centre, et je crois qu’il a rassuré pas mal de monde en Irlande. (il sourit) Vous savez, on utilise beaucoup la data. À ce titre, on travaille avec Michael Campo, un universitaire de Dijon, qui a établi un outil statistique sur le rapport de force mental, qu’on arrive à déterminer en temps réel grâce à la somme de nombreux critères. Alors, en toute franchise, je ne le regarde pas en direct… Mais à l’autopsie du match, quand il est terminé, on se rend compte que l’impact des remplaçants a été incroyable dans ce rapport de force psychologique. On se rend compte que nos finisseurs construisent de manière très rapide la victoire de notre équipe.
Est-ce que Patrick Arlettaz, l’entraîneur des trois-quarts, a également trouvé que ce banc en 7-1 était une super idée ?
(il sourit) Bien sûr qu’il y a eu du débat, il y a toujours du débat. Quand on fait nos compositions d’équipe, on participe tous au choix de la sélection, on participe tous à choisir notre équipe, on l’écrit, on la commente, on en discute… Tout ça nous permet vraiment d’avoir une vision commune. Je vous l’ai dit, j’étais plutôt un fervent défenseur du 6-2 et je n’aurais même pas pensé que l’on puisse faire un 7-1, très honnêtement. Bien sûr qu’au départ, Patrick s’est posé des questions par rapport aux éventuelles substitutions. Mais on s’est aussi très vite rendu compte de la polyvalence de beaucoup de nos joueurs. On a fait les choix qui correspondaient à ce qu’on pensait être juste. On n’oublie pas, un petit peu comme nos joueurs, que nous sommes au service d’un collectif. Le « je » est au service du « nous ». L’individu est très important, parce que plus l’individu sera grand et plus l’individu aura du caractère, plus il saura amener ce caractère à l’équipe. C’est exactement la même chose pour nous, le staff. On a tous nos caractères et des besoins qui correspondent à nos secteurs de responsabilités, mais on sait aussi que ces secteurs sont au service du collectif et de l’équipe.
La question est naïve, mais ce banc en 7-1 ne peut-il pas engendrer une perte de motivation chez les joueurs sélectionnés parmi les 42, notamment derrière ?
Pour avoir eu cet honneur quelques fois, je ne crois pas qu’on puisse perdre la motivation de pouvoir porter le maillot. Quand on a la chance de monter à Paris, on est au service de l’équipe de France. Notre volonté est que l’équipe de France soit la plus grande possible, et que les individus qui la composent lui donnent la possibilité d’être grande. Les joueurs sont au service de l’équipe. Si, pour l’équipe, on pense effectuer un choix juste, le seul impératif est de les faire en transparence. Il faut juste être honnête avec les joueurs et leur dire les choses. Évidemment, on peut se tromper. Mais ce qui est important, c’est de faire en sorte que nos choix n’apparaissent pas comme une injustice. Pour un joueur, il n’y a rien de pire. Mais à partir du moment où on explique les choix en toute transparence, on pense que toute l’équipe peut en tirer des bénéfices. Qu’on opte pour un 7-1, un 6-2, ou un 4-4, ce sera la même chose. Dans la mesure où les choix sont clairement faits pour l’équipe, l’individu s’effacera toujours devant l’intérêt collectif.

Pouvez-vous nous dire un mot au sujet de Uini Atonio, qui à 37 ans a encore tenu la mêlée, mais semble avoir peu de successeurs…
À ses débuts, on a eu un regard sévère sur ses performances, et sur l’homme qu’il était. Aujourd’hui, nous en faisons un des joueurs les plus importants de l’équipe. C’est quelqu’un qui rassure énormément les personnes autour de lui. Il n’a pas raté un seul entraînement depuis qu’il est avec nous, ni un seul entraînement sur la préparation physique de la Coupe du monde, et il a toujours le mot pour rire… Uini a beaucoup donné pour l’équipe de France et, sans trahir de secret, il a parfois pris des décisions pour rester dans l’équipe que certains n’auraient pas prises… J’ai énormément de respect pour lui. Derrière, Dorian Aldegheri a été plus qu’un finisseur et autour de lui, des joueurs comme Tevita Tatafu, Régis Montagne, Sipili Fatalea ou Georges-Henri Colombe sont dans le giron. Demba Bamba va bientôt revenir, aussi… On a la chance d’avoir des joueurs très forts et très puissants, à eux de se donner les moyens d’exister dans cette équipe.
Une des confirmations a été Jean-Baptiste Gros, qui a en outre fait valoir des qualités de manieur de ballon qu’on ne lui connaissait pas !
Je suis heureux pour Jean-Baptiste. À ses débuts, il était perçu comme un joueur un peu fruste, un pur combattant, mais on voyait aux entraînements ce qu’il était capable de faire avec le ballon. On est simplement heureux qu’il soit parvenu à se lâcher, à démontrer ses aptitudes en match.
Qu’avez-vous à dire concernant la citation de Peato Mauvaka ?
Nous avons de notre côté cité des joueurs qui n’ont pas été retenus par la commission de discipline. Ça arrive parfois… (sourire) Si je reste à ma place, je dirais simplement que Peato a sauté sur un joueur et il n’aurait pas dû le faire. Il n’y a aucune image qui atteste de quoi que ce soit, au contraire par exemple d’un Pierre-Louis Barassi qui prend un coup de tête dans le menton, finit K.-O. et ne peut pas jouer pendant 15 jours. ça, on a les images. Sur Peato, je ne sais pas exactement. Une chose est sûre, il a eu un mauvais réflexe mais en aucun cas, à mes yeux, il n’a tenté de faire quelque action que ce soit pour aller dans le sens qu’on veut lui donner.
Quelles nouvelles pouvez-vous donner de la santé d’Antoine Dupont, qui n’a pas encore été opéré de son genou ?
Par rapport à Toto, je ne me permettrai pas de commenter le processus médical qu’il a choisi. C’est quelqu’un de très structuré, de suffisamment intelligent pour prendre les bonnes décisions et faire en sorte que son retour soit le mieux préparé possible. Je peux juste vous dire que le fait d’être resté avec nous, en équipe de France, avec Bruno Boussagol (manager Santé du XV de France), lui a permis d’énormément travailler et de gagner du temps. Il avait le genou extrêmement gonflé et très douloureux. Mais ma conviction profonde, c’est que « Toto » n’est pas resté avec nous pour se faire soigner le genou. Il est resté parce qu’il est le capitaine de l’équipe de France, son leader. Les leaders sont là pour inspirer un groupe, par leur jeu mais aussi par leur comportement et leur engagement. Il y a quelque chose qui m’a touché : ses premiers mots n’ont pas été pour lui, mais pour l’équipe. Cette blessure, il va la vivre seul, ce qui n’est jamais facile. Une blessure, c’est toujours injuste. Même si Antoine a eu la chance de vivre beaucoup de grands moments avec les JO, avec son club, il n’y en a pas tant que ça dans une carrière, même pour lui. Une finale, c’est toujours difficile de ne pas la vivre.

Vous avez l’habitude d’apporter le tee aux buteurs. Avez-vous ressenti une émotion particulière quand vous avez amené à Thomas Ramos celui pour le coup de pied du record de points dans l’histoire du XV de France ?
Très honnêtement, je n’y pense pas. La seule chose à laquelle je pense, c’est aux deux ou trois points qu’il pourra nous amener par la qualité de son jeu au pied. Thomas n’est pas un leader chez nous seulement grâce à ses tirs au but, il l’est aussi grâce à son implication au quotidien et l’orientation qu’il donne à toute l’équipe au niveau de la stratégie. On peut franchement lui tirer notre chapeau. Au nom du collectif, il peut parfois se mettre en danger sur sa position personnelle. C’est très important à relever, parce que ce genre de joueur est responsable du supplément d’âme dont je parlais tout à l’heure. Quand un joueur comme Thomas ou Louis Bielle-Biarrey battent un record qui les fait entrer dans l’histoire de ce jeu, c’est d’abord la récompense de leur travail sur le long terme, et surtout la conséquence du fait que le projet de jeu est validé par les joueurs. Ce n’est que quand un Antoine Dupont rentre dans ce projet, quand un Romain Ntamack rentre dans ce projet-là, quand Thomas Ramos rentre dans ce projet-là, quand un Matthieu Jalibert rentre dans ce projet-là qu’on peut arriver à des records.
On parle toujours plus de data, de stratégie, de composition de banc… Rassurez-nous, la part humaine est bien toujours essentielle ?
L’humain reste la première des choses. La chose la plus importante, ce qui fait que notre équipe continue à grandir et à avancer, parce que le groupe qui compose notre équipe est vraiment de très grande qualité. Les joueurs, vous les connaissez, ce sont de très grands joueurs. Mais les hommes que l’on entraîne sont aussi de très grands hommes, et c’est une chance que l’on a d’avoir ces joueurs-là aujourd’hui. La data est un des outils d’aide à la décision mais la data ne décide de rien, les décisions sont prises par le staff.
Parfois, dans les équipes, il y a des « capitaines de beau temps ». Ce sont des joueurs qui se veulent leaders mais qui, au final, ne gagnent pas grand-chose et ne fédèrent pas beaucoup. Or, nos leaders sont des joueurs inspirants.
On croit savoir qu’après l’Angleterre, Antoine Dupont a tenu un discours assez volontaire, disant en substance : « Relevez la tête et nous irons gagner en Irlande. » Cela a-t-il eu son importance ?
Le rôle d’un leader, c’est d’inspirer les gens autour de lui dans un objectif commun. Pour cela, nous avons Antoine, mais aussi d’autres « capitaines » comme Greg Alldritt et Anthony Jelonch, par exemple, et de nombreux autres joueurs avec beaucoup d’expérience, qui sont des compétiteurs hors pair. Parfois, dans les équipes, il y a des « capitaines de beau temps ». Ce sont des joueurs qui se veulent leaders mais qui, au final, ne gagnent pas grand-chose et ne fédèrent pas beaucoup. Or, nos leaders sont des joueurs inspirants. On n’a pas simplement des leaders de vie ou de vestiaire : ils sont des leaders de gagne. C’est une chance d’entraîner de tels joueurs, c’est magnifique. Et autour du projet, il y a tout ce qui est mis en place pour leur donner la possibilité de s’exprimer.
Quel a été votre discours, ainsi que celui des cadres, pendant la mi-temps contre l’Écosse, alors que le match semblait très mal embarqué ?
Il ne s’agissait pas vraiment de remotiver les joueurs. C’était une finale et, dans le lot de nos joueurs, certains n’en avaient peut-être pas vécu beaucoup… On a fait tomber un ballon ou deux à l’échauffement, la faute à une crispation certainement due à l’ampleur du match. Alors, les mots à la mi-temps n’étaient pas très compliqués à trouver. On a juste parlé de choses très simples, sur nos principes de jeu, sur nos circulations, sur l’engagement qu’on y mettait. L’idée était juste de réorienter le groupe sur une notion collective. On en a parlé : la data est importante, mais l’humain supplante toujours tout. Avec l’apport de notre banc et de joueurs qui ont l’habitude de jouer des finales, on a retrouvé une sorte de sérénité dans le dépassement de soi.
Vos leaders vous ont donc donné satisfaction ?
Un projet est toujours porté par des personnes particulières, comme le XV de France en a toujours connu avec les Serge Blanco, Jean-Pierre Rives ou Thierry Dusautoir, qui emmenaient leurs partenaires autour d’eux. À l’image de ces grands noms que je viens de citer, Antoine Dupont est un leader qui tire le groupe vers le haut. Il a aujourd’hui mal à un genou, mais il reviendra. La chance, c’est que notre porte-drapeau est entouré de personnes sur lesquelles il peut s’appuyer, qui sont Ô combien importantes pour nous et pour le XV de France.
Parmi vos secteurs d’attribution, il y a la mêlée, qui avait été moins performante en 2024 et pouvait être un sujet d’inquiétude au début de ce Tournoi…
C’est drôle, les idées reçues qu’on peut avoir. En 2024, d’un point de vue statistique, nous étions la deuxième mêlée la plus performante au monde, derrière l’Afrique du Sud. La mêlée française n’était pas en souffrance en 2024, contrairement à ce qui a pu être écrit, mais c’est vrai que je n’en étais pas satisfait. Je pense qu’on a des joueurs capables d’être extrêmement dominants et il y avait une petite inflexion dans notre performance. Cela ne me plaisait pas. Pour être l’équipe que l’on souhaite être, on a besoin d’avoir une conquête dominante, qui prend le pas sur ses adversaires. En novembre, on avait été trop neutres, et on ne peut pas se satisfaire de ce niveau-là en équipe de France. On veut tendre vers l’excellence. Au-delà de la mêlée, l’ensemble de nos joueurs a avancé. Ils ont simplement remis les choses dans l’ordre.
« Il y a une prise conscience » sur la tournée en Nouvelle-Zélande
Interrogé en fin de conférence au sujet de la future tournée en Nouvelle-Zélande, et notamment sur l’absence des joueurs dits « premiums », William Servat a d’abord plongé dans ses souvenirs. « Je suis parti en 2009 en tournée en Nouvelle-Zélande. Je me souviens que certains joueurs – dont je ne dirai pas les noms – ne voulaient pas venir, se cherchaient quasiment des excuses. Sauf que ce voyage avait permis de former un groupe et de voir les caractères des uns et des autres, à deux ans d’une Coupe du monde que nous avons perdue d’un point en finale… » Pour autant, le contexte de 2025 n’offre pas la même marge de manœuvre. D’abord, il est acté dans le texte (convention FFR-LNR) que les finalistes du Top 14 ne peuvent pas prendre part aux tournées d’été. Le sélectionneur Fabien Galthié a aussi acté, depuis sa prise de fonction en 2020, qu’il ne sollicitait pas les joueurs considérés « premiums » du XV de France pour ces virées estivales. « Si, demain, un joueur voulait venir en Nouvelle-Zélande avec nous cet été, il faudrait que son club soit d’accord, que son manager soit d’accord, que la Ligue soit d’accord et que la Fédération soit d’accord, pour que tout le monde s’accorde sur une préparation cohérente. Chacun à sa responsabilité, en quelque sorte… C’est cet équilibre-là et cette discussion qui doit être menée dans l’intérêt des joueurs et dans l’intérêt, je pense, de l’équipe de France. » Pour autant, Servat n’est pas sourd aux envies de tournée émises par ses joueurs, notamment son ouvreur Romain Ntamack. « Notre priorité, toujours, sera de préserver la santé de nos joueurs pour faire en sorte qu’ils puissent être performants. Nuire à leur préparation serait une erreur. Mais il y a également une prise de conscience… Quand on veut préparer une Coupe du Monde en Australie, très loin de nos familles et de nos racines, quoi de mieux qu’une tournée en Nouvelle-Zélande ? D’un point de vue sportif, pour moi, c’est une évidence. Après, il y aura toujours la nécessité pour le staff d’effectuer des choix cohérents, en fonction de tout ce qui a pu être calculé. World rugby a sorti une étude grâce aux protège-dents connectés, à partir du nombre de contacts encaissés et de la fatigue que cela génère. De ce point de vue, emmener des joueurs à plus de 2000 minutes en tournée, sachant qu’ils ont une saison à préparer l’année d’après, ça ne semble pas raisonnable. Il faut être honnête là-dessus. Mais si le contexte particulier de certains fait que cela peut être bénéfique à tout le monde, je pense qu’il serait bien pour nos premiums d’avoir la chance de vivre un haka au pays du haka. »
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Source Rugbyrama
