
Sitôt le Tournoi des 6 Nations remporté et refermé, plusieurs voix parmi les Bleus ont fait part de leur envie de tournée en Nouvelle-Zélande, cet été. Ce que les textes réglementaires, en l’état, ne leur permettraient pas.
À propos de cette tournée qui viendra en Nouvelle-Zélande en juillet et de ce projet mortifère d’y aller sans les meilleurs joueurs du XV de France, on peut bien trouver mille justifications. Que ça ne colle pas aux calendriers, aux textes réglementaires, aux rythmes physiologiques des joueurs ni aux planifications de leur sélectionneur. On pourra même vanter les bienfaits du « faire tourner », l’ouverture du groupe à de nouveaux talents et promettre, jurisprudence à l’appui, que plusieurs ont par le passé déjà su profiter d’une telle l’aubaine. Mais rien n’y fait. Un tel argumentaire ne gomme pas l’impression de gâchis : si la France, comme elle le prévoit, venait à se présenter en Nouvelle-Zélande avec une équipe « remaniée » pour le dire poliment, « sabordée » pour le dire franchement, une grande frustration nous habitera. Et pour longtemps.
Affronter les meilleurs pour appartenir aux meilleurs
L’amertume est d’abord sportive. Pour avoir trop évité d’affronter ses meilleurs ennemis quatre ans durant, la France est tombée de haut, en 2023. Un premier mandat de Galthié où les tournées d’été devaient se tenir en Argentine, en Australie et au Japon (seules les deux dernières ont finalement eu lieu). Pas de Nouvelle-Zélande ni d’Afrique du Sud, les deux nations qui trustent sept des dix titres de champions du monde. Et pas beaucoup mieux lors des tournées de novembre. Une vie cachée avec le résultat que l’on sait, pour les Bleus.
Pour prétendre appartenir aux meilleurs, il faut affronter les meilleurs. Prendre quelques gifles, s’il le faut et signer un exploit, de temps en temps. Qu’importe le résultat sec, la finalité est ailleurs : à se confronter à l’élite, on se couche toujours plus fort qu’on s’est levé.
La frustration d’un pélerinage raté
L’autre vérité nous transporte dans un univers plus ésotérique. La magie noire, ce n’est pas qu’un mythe lorsqu’on parle de rugby. Les All Blacks n’ont peut-être pas inventé le rugby, mais ils lui ont donné toutes ses lettres de noblesse et de postérité. Qui s’est déjà rendu en Nouvelle-Zélande le sait : c’est une rencontre avec un monde, une culture, une civilisation qui vit, pense et mange rugby. C’est un pèlerinage. Le voyage d’une vie, pour qui aime ce sport et la tournée d’une vie, pour qui le pratique.
La chance était donc belle de la vivre, cet été. De s’offrir le prestige et les enseignements d’une triple confrontation avec les Néo-Zélandais sur leurs terres. De tout temps, cette opportunité était déjà rare, dans une carrière. Elle deviendra bientôt un lointain souvenir : avec l’arrivée de la Ligue des Nations (2026), ces tournées d’été n’existeront plus. Et s’ils ne le font pas cet été, les Ramos, Alldritt, Bielle-Biarrey et Cros n’auront plus l’opportunité de marquer l’histoire de leur sport, dans les pas de leurs glorieux aînés de 1994, 2009 ou 1979. Ni de rendre sublime une saison 2024-25 déjà fort belle.
Aux dirigeants de trouver les solutions
L’opportunité est-elle définitivement gâchée ? Pas totalement. Les joueurs, y compris les « premiums », émettent chaque jour un peu plus fort leur envie d’en être. Qu’importent les textes et la fatigue. Leurs entraîneurs le disent aussi, à demi-mot. Mais tous se débattent dans un maelstrom physico-administratif qui les contraint, voulu pour leur bien-être (leur santé notamment…) mais qui, aujourd’hui, les frustre.
Tout ceci est sûrement légitime et diablement rationnel. À date, cela nous prive pourtant d’une tournée jubilatoire. C’est au minimum une erreur : aux dirigeants, alors, de la Fédération et des clubs de trouver les solutions. Quand trois matchs chez les All Blacks s’offrent à vous, on ne devrait jamais pouvoir dire non.
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Source Rugbyrama
