
Jean-Marcellin Buttin quittera le SU Agen à la fin de la saison après cinq ans dans le Lot-et-Garonne. S’il ne sait pas encore de quoi sera fait son avenir dans le rugby, il profite de ses derniers moments à Agen, alors qu’une blessure a failli l’en priver.
On ne vous avait plus vu sur les terrains de Pro D2 depuis un bon moment. Que s’était-il passé ?
Exactement, cela faisait six mois. En fait, j’ai pris une béquille à Valence-Romans lors de la 5e journée. J’ai dû faire un drainage parce que le sang ne partait pas. On m’a donc ouvert la cuisse et aspiré le sang avant de la refermer. Ensuite, il a fallu attendre que ça cicatrise, que ça se soigne et que je récupère du muscle parce que la jambe avait bien fondu.
C’est une blessure pourtant courante, qui ne prend pas autant de temps d’habitude…
Oui, d’autant plus que je n’en ai pas connu beaucoup (des blessures). Ce n’est pas de chance car la béquille est un coup qu’on prend tous les week-ends, mais celui-là m’a coûté six mois.
Comment avez-vous occupé ces six mois ?
J’ai eu plein d’étapes à valider, donc j’étais toujours avec le groupe. C’est bien parce que, que ce soit un blessé d’une ou deux semaines ou de six mois, on est toujours au contact du groupe. On croise les mecs, on fait de la vidéo avec eux… Il y a juste eu une ou deux périodes plus compliquées avec la rééducation. Notamment quand je suis allé au CERS. C’est plus difficile d’être éloigné des copains. Mais à part cela, je suis quand même resté dans la vie du groupe
Mentalement parlant, comment vous êtes-vous senti pendant six mois ?
Ce n’est jamais évident mais je savais que j’allais revenir un jour ou l’autre. J’ai pris mon mal en patience et j’ai préféré peut-être perdre une ou deux semaines pour bien faire les choses afin de ne pas aller trop vite. Les blessures du passé m’ont appris à sacrifier ces semaines car quand on est jeune, on veut rapidement reprendre et c’est là qu’on se blesse.
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À partir de quel moment avez-vous été apte à reprendre la compétition ?
J’étais prêt lors du dernier bloc, avant le match à Montauban. Mais après cela, j’ai dû attendre mon heure sachant que les résultats n’aidaient pas trop à refaire jouer un mec qui n’avait pas joué depuis 4-5 mois. Ceux qui évoluaient à l’arrière étaient bons à ce moment-là.
Vous êtes le porte-bonheur du SUA depuis votre retour. Deux matchs, deux victoires…
Ouais après on les a gagnés quand je suis sorti du terrain donc peut-être qu’il faut me faire sortir plus tôt (rires). Mais en tout cas je suis très content du dénouement des deux matchs parce que ce sont des points dont on avait vraiment besoin et je pense qu’en plus l’équipe a besoin de ce genre de dynamique pour trouver de la confiance. Mine de rien, il y a quand même des bons joueurs et des bons signaux sur le terrain mais on n’avait pas réussi à enchaîner ce genre de résultats.
Il est quand même indéniable qu’il s’est passé quelque chose sur ces deux derniers matchs…
Je trouve surtout qu’on a perdu beaucoup de matchs dans ces dix dernières minutes depuis le début de la saison et je pense que ces points, si on les avait aujourd’hui, on n’en serait pas là. Donc c’est un bon signal de réussir à aller chercher deux matchs contre de bonnes équipes.
Que s’est-il passé durant la trêve entre le match à Nice (défaite 31-29) et celui contre Grenoble (victoire 29-23) ?
Déjà, entre nous, on s’est dit quand même pas mal de choses sur la semaine entre les deux blocs. Ça a fait du bien à tout le monde. On avait des résultats à aller chercher parce que tout le monde en avait un petit peu besoin mentalement, que ce soit l’équipe, le club, les supporters. Aller chercher ces matchs à la dernière minute, cela fait un bien fou. Ça procure vraiment des émotions un peu fortes pour tout le monde et c’est ce dont on avait besoin aussi. Il faut construire sur ça pour la fin de saison et aller rechercher ces émotions et ces sensations de victoire. Si on peut le faire avant la sirène, ce sera mieux.
Provence s’est relevé d’une bien belle manière de l’humiliation subie à Valence une semaine auparavant. De son côté, Angoulême s’est offert la relance de la soirée.
Ce qu’il faut retenir de cette soirée de Pro D2 -> https://t.co/278Sd1MX3R pic.twitter.com/dTtt4D3ofc— RUGBYRAMA (@RugbyramaFR) April 4, 2025
Quel a été le discours justement au sein du groupe pour faire bouger les choses ?
On s’est dit des choses entre nous et je pense que c’est bien de les garder ainsi.
La suite, c’est Brive ce week-end. Comment abordez-vous ce match ?
C’est un gros qui tourne bien et qui est en forme. Je pense que, comme contre Grenoble, ce sont des matchs qui ne sont pas faciles à préparer mais tu joues contre les meilleurs du championnat chez toi, vendredi à 21h. Normalement, il n’y a pas besoin de parler pendant des heures pour être motivé. Il va falloir répondre encore une fois contre une équipe qui est très dense physiquement.
Vous ne serez plus à Agen l’an prochain. En savez-vous plus sur la suite de votre carrière ?
Non, je n’ai pas d’info encore à donner là-dessus. J’espère que j’aurais des décisions à prendre dans les prochaines semaines. Déjà, cela fait beaucoup de bien de revenir sur le terrain et, ensuite, je prendrai la meilleure décision pour ma famille et moi.
Avez-vous la volonté quand même de continuer le rugby ?
J’ai plusieurs options. J’attends de voir un petit peu si ce sera sur le terrain ou en dehors du terrain, mais le fait de rejouer, ça fait du bien.
Vous avez aussi un projet de reconversion. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Tout à fait, avec mon frère, on fait des trophées et des boucliers en bois personnalisables pour tout type d’événement. Cela peut être un souvenir qu’on voudrait plus ou moins ancrer dans un objet. Mon frère est menuisier avec une formation d’ébéniste. Du coup on fait des choses comme ça en bois, qui s’inspirent plus ou moins d’un bouclier de Brennus.
Quel est votre rôle dans ce projet ?
Je suis plus sur la partie commerciale. Mon frère est à son atelier de menuiserie donc il bosse sur la partie production. On débute juste, mais c’est top. Ça fait du bien aussi de réfléchir à des choses en dehors du terrain. Le faire avec son frère, c’est un vrai plus.
Comment avez-vous préparé cette reconversion ?
Je l’ai anticipée. J’ai toujours eu conscience que le rugby pouvait s’arrêter du jour au lendemain. J’avais toujours ça dans le coin de ma tête et j’ai fait des études pour ce faire. J’en ai refait pendant le rugby et j’en ferai très certainement encore à la fin de ma carrière pour anticiper la suite. Mais je suis content d’avoir ce projet-là en famille. On verra jusqu’où ça nous mène.
C’est votre cinquième saison à Agen. Que garderez-vous de votre aventure dans le Lot-et-Garonne ?
Finalement, c’est quasiment là où je suis resté le plus longtemps en tant que professionnel. Je pense que ce que je garde, c’est plus ou moins l’image du club de ces dernières saisons avec beaucoup de bas, beaucoup de moments un petit peu durs, avec des blessures et de grosses remises en question. Mais avec toujours la volonté de revenir. Cette équipe a de la résilience. On est un peu dans le tourbillon et dans l’œil du cyclone depuis pas mal de temps, mais on s’accroche. On a réussi à aller chercher une phase finale dans une année qui était aussi compliquée. On aurait aimé faire un petit peu mieux, mais on ne pourra pas revenir en arrière. Je veux juste essayer de bien finir et de laisser cette équipe là où elle mérite d’être.
Estimez-vous que c’est un groupe qui peut aller loin par la suite ?
Oui, ça fait deux ou trois ans que je le dis. C’est un club qui a quand même beaucoup de choses pour réussir, que ce soit dans les infrastructures, dans les joueurs, dans le cadre d’entraînement. Après, il y a plein de petits détails qui peuvent polluer, qui peuvent arriver que ce soit à l’intérieur ou à l’extérieur et qui créent des dynamiques dures à casser. Mais il y a tout pour réussir dans ce club et dans cette ville.
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Source Rugbyrama
