
Le protocole commotion, créé pour protéger la santé des joueurs, est un élément clé de la prise de conscience collective des risques liés aux commotions cérébrales dans le rugby. Mais le protocole commotion, c’est quoi au juste ?
Bébé, singe, parfum, coucher de soleil, fer, bougie, papier, sucre, sandwich, wagon. À cet instant précis, vous vous demandez probablement quelle idée saugrenue nous est passée par la tête au moment d’écrire ces premières lignes. Ces dix mots représentent pourtant une partie de la liste de mots à réciter du protocole commotion que tous les joueurs de rugby, de la Pro D2 aux rencontres internationales, passent en cas de suspicion d’une blessure à la tête de type commotion cérébrale. Et ceux qui pensent que ce test n’est qu’une formalité pour les joueurs se trompent. Sans avoir joué la moindre minute d’un match de rugby, nombreux sont ceux qui ne parviendraient pas à réussir ce test. « C’est un test qui n’est pas simple ! Je me suis parfois amusé avec des amis, ils ont du mal à le passer », ironise Olivier Maleysson, médecin indépendant de la Fédération française de rugby qui officie principalement en Pro D2. C’est lui qui fait passer l’évaluation et qui peut décider de la sortie d’un joueur s’il a le moindre doute. À noter que plusieurs personnes peuvent également le demander comme un arbitre ou le médecin du club directement « et d’ailleurs, avant le match, je vais voir les arbitres et le staff médical et je leur explique bien de ne pas hésiter à me signaler s’il y a quelque chose que je ne vois pas », complète Olivier Maleysson. La première chose à comprendre sur ce test qui se nomme « HIA1 », c’est qu’il n’est passé qu’en cas de suspicion et dure douze minutes, ni plus ni moins. Si le joueur montre des signes évidents de commotion (perte de connaissance, convulsions, changement de comportement, confusion, trouble de l’équilibre ou encore crise tonique posturale) c’est ce que l’on appelle un critère 1. Le joueur sort alors immédiatement du terrain et ne sera pas autorisé à y retourner. Il passera donc directement au test HIA2, semblable au HIA1 mais qui sera effectué dans les trois heures suivant le match. Deux jours après, il passera le HIA3 qui est un contrôle neurologique effectué par un neurologue indépendant. Avant tout cela, le test du protocole commotion HIA1 entre donc en vigueur pour ce qui est identifié comme un critère 2, ne comprenant aucun des éléments cliniques cités ci-dessus.
Séries de questions et examen de l’équilibre
Pour contrôler si le joueur est commotionné ou non, ce test se découpe en six parties basées sur ce qui est appelé « la mémoire immédiate » et la « mémoire différée ». Au fil du test, le médecin coche des cases « normale » ou « anormale » et décidera en fonction de son barème si le joueur est apte ou non. Pour la mémoire immédiate, l’évaluation est effectuée en cinq phases. La liste de mots d’abord. Une série de dix mots sont énumérés aux joueurs à trois reprises. À la fin de ces trois essais, le total de mots répétés avec succès est comptabilisé. Pour réussir cette étape, le joueur doit avoir cité au minimum 16 mots au total. Viennent ensuite les questions de « Maddock ». Dans quel stade sommes-nous aujourd’hui ? À quelle mi-temps sommes-nous ? Qui a marqué en dernier dans ce match ? Contre quelle équipe avez-vous joué en dernier/la semaine dernière ? Votre équipe a-t-elle remporté le dernier match ? Le médecin indépendant passe ensuite aux « chiffres à l’envers ». Un questionnaire qui consiste à citer le plus de chiffres possible d’une série, allant de trois à six chiffres par série, à l’envers. Il faut au moins en réussir deux pour valider cette étape. Avant de terminer avec une liste de contrôles des symptômes plus classiques (maux de tête, nausées, troubles de la vision, émotions…) il faut passer un test d’équilibre. Le joueur doit effectuer plusieurs séries de mouvements les yeux fermés avec les mains sur les hanches. Sur un pied puis sur les talons pendant 20 secondes. Six pertes d’équilibre maximum sont autorisées sur un pied contre quatre sur les talons pour répondre favorablement. Pour terminer vient l’étape de la mémoire différée. Cinq minutes après le test initial, le médecin demande au joueur de citer au minimum quatre mots de la liste des dix mots. Vous savez, celle du tout début ? On vous laisse vous souvenir… Alors, êtes-vous autorisé à revenir en jeu ?
Protège-dents connectés, premier bilan ?
C’est une des révélations de la saison en Top 14, même si le port du protège-dents connecté ou instrumenté, avait été expérimenté par World Rugby depuis plusieurs saisons sur de nombreuses compétitions, jusqu’à son port obligatoire lors du Tournoi des 6 Nations 2024. L’objectif est d’aider les médecins de match à détecter les chocs pouvant faire l’objet d’un protocole d’évaluation de blessure à la tête (HIA). Olivier Petit, en charge de la mise en route du dispositif à la Ligue nationale de rugby, précisait le fonctionnement de cette nouveauté lors de la mise en place en Top 14. Pour les « ingénieurs » en voici l’explication : « Il y a deux critères importants pris en compte : l’accélération linéaire, qui se calcule en G, et l’accélération de l’axe rotatoire des chocs dite « angulaire », qui se calcule en radian par seconde carrée. Deux seuils qui, une fois atteints ou dépassés, alertent le médecin de match. Les seuils concernant les hommes sont à 75 g pour l’accélération linéaire et à 4 500 rad/s² pour l’accélération angulaire. » Pour tous les autres, vitesse + angle de collision = alerte rouge sur la tablette du médecin indépendant !
Des cas non détectés
Après cinq mois d’utilisation, la Ligue fait actuellement un tour des clubs pour avoir un premier retour d’expérience, alors que quelques couacs ont été récensés, notamment durant le Perpignan-Toulon, lors de la 19e journée avec l’ouvreur Valentin Delpy, contraint de quitter la pelouse après une alerte sur la tablette du médécin du match alors que son protège-dents se trouvait dans sa chaussette à ce moment-là.
La plupart des clubs ont ainsi exprimé leurs doutes sur la fiabilité des données récoltées en temps réel, dans des environnements où le réseau est souvent surchargé. Si tout le monde reconnaît que le protège-dents connecté pourrait devenir intéressant comme aide lors d’une suspicion de commotion cérébrale, son verdict implacable appliqué pour le moment, avec la sortie obligatoire du joueur lors d’une alerte, apparaît comme prématuré. L’aide promise pour la santé des joueurs se révèlerait, selon les clubs, comme une contrainte en raison des résultats aperçus jusqu’à présent, avec de nombreuses commotions cérébrales avérées sur le plan médical par un neurologue après les matchs sans pour autant avoir eu d’alerte pendant la rencontre au niveau du protège-dents. Alors si cette technologie est une avancée pour la santé des joueurs, elle doit encore, comme une intelligence artificielle, s’affiner pour devenir incontournable dans le futur, avec un protocole d’utilisation à mieux définir pour l’instant. N.A.
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Source Rugbyrama
