Le promu vannetais a connu la semaine dernière une terrible désillusion en perdant un match qu’il pensait maîtriser face à l’UBB. Mais cette défaite a également fait des vagues dans l’après-match…
En ce Top 14 2024-2025, le RC Vannes est incontestablement l’équipe qui jouit d’une cote de sympathie optimale. Les Bretons bénéficient déjà de l’affection toute particulière que l’on voue à ces promus à qui l’on promet l’enfer (la France n’adore-t-elle pas les outsiders ?), laquelle est rehaussé de l’arrivée historique du premier club breton au plus haut championnat de rugby français. Seulement, le RCV ne se soustrait pas au dur apprentissage du Top 14 que les autres promus ont fait avant lui : matchs frustrants, effectif limité, enchaînement de défaites, qui plus est à domicile…
Ce dur apprentissage a encore été patent la semaine dernière, pour la venue de l’UBB. Alors qu’ils menaient de 29 points (29-0 juste avant la pause), les Bretons ont finalement cédé en deuxième mi-temps pour encaisser leur huitième défaite de la saison (29-37). Un revers qui a été celui de trop pour le public vannetais qui, jusqu’alors, donnait une leçon de fair-play à tout le Top 14 en respectant un silence religieux à chaque tentative de but adverse. Là, les nerfs du public de la Rabine ont lâché après le double carton jaune accordé à Surano et Saili (qui heurta la tête de Temo Matiu, lequel est à ce jour arrêté trois semaines sur avis d’un neurochirurgien) qui mena à un essai de pénalité pour l’UBB (56e). Seulement, le public ne fut pas le seul à craquer : dans la conférence de presse qui suivit, le manager emblématique du RCV, Jean-Noël Spitzer a critiqué l’arbitrage : « Les phases de domination ne sont pas accompagnées de la même façon. On arbitre les statuts des clubs. C’est frustrant, tout ton travail de la semaine peut être mis par terre par ça, balayé. On a ce ressenti, une iniquité. C’est facile de nous mettre la tête sous l’eau, ça ne prêtera pas à conséquence. » Une saillie somme toute commune, comme on entend régulièrement tous les week-ends. Sauf que le manager est allé plus loin : « Il y a d’autres indicateurs. C’est beaucoup plus profond que ça. Citez-moi un arbitre du grand ouest qui arbitre dans le monde professionnel ? Ça fait dix ans qu’on y joue, huit ou neuf ans qu’on a une académie fédérale, on y a toujours eu des jeunes arbitres. Aucun n’a accédé au monde professionnel. Jusqu’à l’année dernière on travaillait avec un jeune du comité qui, pour moi mériterait d’aller plus haut, et aujourd’hui il est bloqué. Et on lui a interdit cette année d’intervenir auprès du club de Vannes. Je suis très surpris par ce fonctionnement […] Il y a de l’entre-soi dans le monde du rugby. Il y a une différence entre être considérés et être respectés. »
Le club joue l’apaisement, Spitzer fait son mea-culpa
Des propos suffisants pour provoquer l’ire de la FFR, qui diffusa mardi un communiqué pour « regretter et dénoncer les propos tenus par l’entraîneur de Vannes ». Ledit communiqué concluait par une déclaration de Jean-Marc Lhermet, vice-président de la FFR en charge du haut niveau et des officiels de matchs : « La formation, l’ascension et les décisions arbitrales ne peuvent être mises à mal sans fondement. La saisine FFR permettra ainsi de faire le point sur les propos tenus et de réaffirmer l’intégrité du corps arbitral. » Mercredi, le RCV a à son tour diffusé un long communiqué, dans lequel il prônait l’apaisement : « Jean-Noël Spitzer, du fait de sa fonction, a pleinement conscience qu’il doit faire preuve de plus de mesure et de retenue. Ces propos ont été tenus à chaud après une défaite qui a fait mal moralement, de par son scénario unique et tellement cruel pour le club. Cela ne constitue pas une excuse mais une part d’explication. » Quelques lignes plus bas, le club breton s’étonnait tout de même de la « surenchère médiatique » d’une partie des propos de son manager.
Lequel s’est présenté le même jour à une conférence de presse afin de s’exprimer : « Je veux revenir sur la conférence de presse de samedi dernier. J’ai bien conscience, à froid maintenant, que j’ai manqué a minima de réserve et peut-être même d’exemplarité et que c’était des propos qui ne servent ni le rugby, ni le club de Vannes, ni moi-même d’ailleurs. Je voudrais passer à autre chose car ils ne reflètent pas ma pensée. Et puis ce sont des propos qui ont été prononcés sous le coup d’une grosse déception et à un fait de jeu qui ne nous fait pas perdre mais nous empêche de gagner. » Désormais, Spitzer attend sa convocation devant la commission de discipline pour connaître sa sanction. Et celle-ci pourrait être sévère, à deux égards. D’abord parce que Spitzer n’en est pas à sa première affaire. Le manager breton avait déjà été suspendu six semaines en début de saison pour avoir « perturbé le bon déroulement du contrôle et de la procédure de l’AFLD. » Enfin parce que le dernier à s’en être pris au corps n’est autre qu’un certain Ronan O’Gara qui a écopé d’une lourde sanction, pour faire l’exemple : dix semaines de suspension et 20 000 euros d’amende pour avoir porté « atteinte à l’intérêt supérieur du rugby » en envoyant des messages déplacés à Franck Maciello, le patron des arbitres français.
