Fessés à Jean-Bouin dans le derby francilien (40-24), les Racingmen ont l’obligation de réagir ce week-end face au champion de France. La victoire, sinon rien…
Le premier qualificatif qui vient spontanément à l’esprit, lorsqu’on évoque le Racing actuel, ce n’est ni « puissant », ni très « spectaculaire », ni même « catastrophique » ou encore moins « irrésistible ». Vu d’ici, le club des Hauts-de-Seine serait plutôt « illisible » depuis le début de saison : il est de facto tout à fait capable de souffler le chaud et mettre à genoux de façon autoritaire Clermont (33-20) ou Toulon (22-6) ; comme de faire subitement baisser la température en deçà des normes tolérables contre Bayonne (32-15), Bordeaux-Bègles (52-34) ou, plus récemment, le Stade français (40-24). En tout état de cause et alors que l’on pensait naïvement que les gonzes de l’ouest parisien avaient, avant la pause, lancé à Pau (23-33) le début d’une impensable remontada, il n’en fut finalement rien et dans ce derby revêtant bien plus qu’une portée symbolique, les Franciliens ont bravement touché le fond, plongeant du même coup le club du 92 dans un nouvel abîme de perplexité. « À Paris, disait Frédéric Michalak cette semaine, on a lâché trop vite. Aujourd’hui, on bosse donc au quotidien sur le leadership et toute la partie mentale ; on travaille pour que les joueurs n’acceptent pas de perdre aussi rapidement. […] Samedi, nous allons jouer la meilleure équipe d’Europe. Ça nous oblige à faire un grand match et même sans ça, tu n’es même pas sûr de pouvoir les battre. » S’ils ont une nouvelle fois sonné la remobilisation générale au lendemain de la fessée parisienne, décidant de faire sauter leur jour « off » pour se plonger au plus vite dans un débrief douloureux, les Racingmen souffrent aujourd’hui de la comparaison avec le Stade toulousain dans tous les secteurs de jeu : ils ne sont ni supérieurs en mêlée, ni vraiment meilleurs dans la conquête aérienne et, dans le jeu au sol ou l’animation offensive, accusent un retard évident sur les champions de France. Ceci étant posé, la mission commando qu’a lancée sur ce seul match le Racing peut-elle donc être efficace ?
Créteil, une bénédiction
Disons que malgré le niveau de jeu préoccupant affiché par l’équipe de Lancaster, les signaux positifs ne manquent pas. Déjà, le Racing s’apprête à recevoir à Créteil une équipe délibérément amputée de quelques-uns des meilleurs joueurs du championnat, qu’ils se nomment Emmanuel Meafou, Thibaud Flament, Alexandre Roumat ou Peato Mauvaka. Le terrain lourd du stade Duvauchelle, s’il ne sert pas vraiment la vitesse et le spectacle, est aussi un avantage majuscule au moment de défier la machine à marquer que demeure le Stade toulousain, un club où le goût pour l’offensive est loin d’être exclusif à l’équipe type. Enfin, le club des Hauts-de-Seine s’apprête à retrouver samedi plusieurs éléments sans lesquels il semble incapable de se faire trois passes : Josua Tuisova revient au milieu du terrain pour apporter la dimension physique dont son équipe, dernièrement repoussée d’une main par les soldats roses, semblait manquer ; Will Rowlands offrira l’agressivité dans le combat qui le caractérise quand Nolann Le Garrec et Gaël Fickou auront pour mission de donner une tout autre vitesse aux lancements franciliens. Mais si cela ne suffit pas, alors ? L’avenir de Stuart Lancaster, en poste depuis un an et demi, sera-t-il oui ou non menacé ? Il ne l’était pas jusqu’à présent mais cette semaine, on nous a fait comprendre en interne que la défaite dans le derby, si elle laisse le Racing à l’équilibre (cinq victoires et cinq défaites en Top 14), avait pourtant du mal à passer. Pour la énième fois au fil de ces trois derniers mois, voici donc le club au pied du mur et sommé de réagir. Jusqu’ici, il y est toujours parvenu dans des matchs de la « muerte », que ce soit à Vannes ou à domicile, contre le RCT. Pour autant, la question majeure reste aujourd’hui la suivante : le Racing, au complet ou presque ce week-end, a-t-il encore en lui le pouvoir de vaincre un Stade toulousain largement remanié ? On n’en sait rien. Mais si ce n’est pas le cas, autant se résoudre dès à présent à vivre une autre saison de transition, soit de longs mois de galère et quelques inoubliables semaines passées dans le ventre mou du championnat…
